»Et je vous aurais suppliée, ma chère, de donner à mon fils qui sera député dans trois mois (car il le sera, je vous en réponds), la fille sans dot d'un député dégommé et d'une femme dont il vaut mieux ne point parler, puisqu'on n'en peut rien dire que de honteux! Allons donc! vous vous prenez pour une autre, ma pauvre Rosine; vous vous croyez encore au temps où vous étiez jeune et fringante, où le capitaine Smintéry...

»..... A propos, en avez-vous des nouvelles? On dit qu'il est aujourd'hui colonel à Batna... Est-ce vrai? Vous devez le savoir mieux que personne... Il doit être bien cassé aujourd'hui, car il y a quinze ans de cela, ma chère, et vous n'étiez déjà plus ni l'un ni l'autre de la première jeunesse...

»Enfin, à tout péché miséricorde. Ce mariage est rompu. Je le regrette pour Hyacinthe, qui avait besoin d'entrer dans une honnête famille et d'avoir de bons exemples sous les yeux. Cette chère enfant est jeune et innocente encore. Je la plains sincèrement. Elle méritait mieux que de vivre près de vous. Je le dis sans vouloir vous offenser, ma chère, mais parce que c'est la vraie vérité.

»Présentez, je vous prie, mes compliments à ce bon M. Forestier. On annonce un prochain concours régional.

»Dites-lui de se présenter pour les bêtes à cornes et qu'il aura le prix. C'est certain.

»Au plaisir de ne jamais vous revoir, chère bien-aimée!

»Reine Bernard.»

Comme je retournais le papier avec étonnement, Michel me dit:

—Je t'ai fait voir les deux lettres, parce que je voulais te demander conseil. D'ailleurs ma mère a pris soin de recopier la sienne et deux ou trois exemplaires circulent déjà dans la ville. Il ne me servirait donc de rien d'en garder le secret...

—Alors ton mariage est rompu?