—Parbleu! reprit Michel pendant que les servantes se disputaient, j'ai compris qu'il allait arriver quelque chose, alors j'ai couru sous la fenêtre d'Hyacinthe, qui, par bonheur, ne dormait pas plus que moi; je lui ai confié mes inquiétudes. Elle est descendue en robe de chambre dans le jardin et m'a ouvert la porte. J'ai dit:—«Je crains un malheur épouvantable,» et j'ai expliqué ce qui se passait dans la rue. J'ai ajouté: «M'aimerez-vous toujours?
«—Oui.—Quoi qu'il arrive?» Elle m'a répondu en riant:—«Ah! pourtant, si vous ne m'aimiez plus, vous, Michel?» Alors je me suis mis à genoux et prosterné. J'ai baisé le dessus de ses célestes pantoufles, j'aurais baisé la semelle si elle l'avait permis, je me suis relevé, j'ai baisé les mains et le bas de la robe, j'ai fait tous les serments imaginables, j'ai invoqué tous les saints, j'ai prié saint Michel archange, mon patron, de me frapper de sa foudroyante épée si je venais à violer ma foi, j'ai adoré de nouveau, enfin je ne m'ennuyais pas ni elle non plus, j'espère, et je serais encore devant elle à genoux dans l'herbe et la rosée, si la terrible madame Forestier n'avait paru subitement et prononcé ces funestes paroles:
—Hyacinthe! Rentrez!
L'ange s'est sauvé. Le diable est resté. J'ai voulu m'excuser sur ce que, le contrat étant signé, j'avais cru pouvoir... Madame Forestier m'a répliqué:
«—Monsieur, je vous défends de parler à ma fille, de voir ma fille, de penser à ma fille!»
Et comme je m'écriais:
«—Ah! madame...»
Elle a continué:
«—Tout est rompu entre nous, monsieur! Allez rejoindre votre mère!»
Puis elle a ouvert la porte de son jardin d'un geste si impérieux que j'ai dû rentrer dans le mien. Mais comme elle refermait cette maudite porte, j'ai vu Hyacinthe à la fenêtre et j'ai crié: