Alors il se roula par terre, arracha son turban, couvrit sa tête de boue et s'écria:
«Ali! Ali! mon pauvre Ali! je ne te reverrai plus! Ali de mes yeux! Ali de mon cœur! Ali miséricordieux! Ali, fils des étoiles! pauvre Ali qui chantait le matin comme le rossignol chante le soir, et dont la voix retentissait dans les montagnes comme celle du muezzin sur le haut de la mosquée quand il invite les fidèles à la prière!»
Tout à coup, il s'interrompit. Nous entendîmes braire au loin. On aurait dit un appel du pauvre âne à son maître. Ibrahim cria:
«Le voilà! le voilà! Je l'entends galoper de ce côté. Venez avec moi!»
J'allais courir avec lui, mais Pitou me retint par la manche.
«Attends un peu, dit-il. Je suis sûr que le bourricot n'est pas seul...»
Il posa l'oreille à terre, se releva doucement, fit signe à l'Arabe, qui s'était arrêté pour le regarder, et nous dit à tous deux dans l'oreille:
«Il y a quelqu'un derrière le bourricot!»
Je répondis:
«Ah! Il y a quelqu'un?...»