—C'est vrai, dit Pitou: on croirait voir un seigneur à la promenade, après dîner, écartant les jambes et marchant le ventre en avant pour digérer mieux.»
Je pensai (entre moi) que c'était la pauvre Fatma, la femme d'Ibrahim, que le lion avait dû digérer, et je fis signe à Pitou de ne pas parler davantage, de peur de chagriner notre ami.
Pitou, qui est délicat de cœur mais non de structure (comme disait un Parisien, ouvrier sculpteur et notre camarade de chambrée), et qui ressemble plutôt à un bloc de pierre de taille qu'à celui que les bourgeois de Paris appellent un Apollon du Belvédère, je veux dire un joli garçon monté sur deux flûtes, Pitou donc se retourna brusquement et dit pour changer la conversation:
«Puisque c'est comme ça, nous le tenons: il n'y a qu'à suivre les pattes.»
En effet, il n'y avait qu'à suivre: Pitou avait trouvé ça du premier coup. Je vous l'ai dit, il n'y a pas, il n'y a pas, il n'y a pas pareil à Pitou dans toute l'Europe! ni même dans les deux Amériques et dans l'Océanie!
Alors Ibrahim s'arrêta et dit:
«Il est là!»
Et il montra du doigt le haut de la vallée.
«Oui, il est là, le seigneur! Mais s'il ne dormait pas?...»