«Cette fois, c'est certain, voilà le gibier. Qui est-ce qui va tirer le premier?»

Lui me rétorqua:

«Tire quand tu voudras, moi, je ne tire qu'à six pas: quand on n'a pas le temps de recharger, il ne faut pas manquer son coup.»

Ça, c'était bien pensé d'un côté; mais de l'autre c'était mal raisonné: car en tirant d'un peu loin j'avais la chance de crever un œil au lion ou de lui casser une patte et de le mettre pour quelque temps sur la paille, en supposant que l'affaire n'allât pas plus loin.

Tout à coup, le lion s'arrêta et poussa un rugissement. Ça, c'était pour nous effrayer. Pitou me regarda. Je regardai Pitou. Il me dit:

«Alors, c'est convenu, tu commences?

—Je commence.»

Et je mis en joue le lion. Dire que j'étais tout à fait tranquille et content comme à la noce, ce serait trop; mais enfin j'étais bien disposé, ça devait suffire. D'ailleurs, Pitou était là en réserve; et quand j'ai Pitou à côté de moi, je ne vous dis que ça, mes amis... Pitou, c'est ma cuirasse et mon bouclier.

Cependant le lion ne bougeait pas. Il avait l'air de se consulter avec son épouse. Enfin il se décida et poussa un second rugissement plus fort que le premier. Puis il s'avança lentement sur nous. La lionne, le bourricot et les lionceaux le suivaient à quelque distance. Quand il fut à vingt pas, il s'arrêta encore, nous regarda tous les deux en se battant les flancs avec la queue et rugit pour la troisième fois.

Brrr! c'était dur à entendre, ce grondement. J'en ai encore mal aux oreilles. Cependant, pour en finir, plutôt que parce que j'étais sûr de mon coup, je lâchai la détente...