Ali comprit bien. Pauvre animal! il n'était pas bête. Il savait ce qu'on doit à ses supérieurs (quand on ne peut pas faire autrement), c'est-à-dire le respect, la discipline, l'obéissance, le dévouement et le reste. Il poussa un grand cri: «Hi han!» c'était sa manière de soupirer. Et quand il eut crié, ne sachant plus que faire pour se distraire, il se mit à brouter deux ou trois chardons sur le rocher.
Quant à la lionne, elle regardait.
De quels yeux! vous pouvez deviner: tout ce qu'il y a de plus féroce dans la nature. Un crocodile à qui vous marchez sur la patte n'en a pas de pareils. Ses dents grinçaient en s'aiguisant l'une sur l'autre. Son poil se hérissait. Elle fouillait la terre avec ses griffes. De temps en temps elle regardait le lion mort, couché dans le chemin, et ensuite Pitou et moi, comme si elle avait voulu nous dévorer tous deux en même temps. Elle regardait aussi ses lionceaux. Elle avait l'air d'une pauvre veuve dont le mari vient d'être assassiné par des brigands et qui crie vengeance à Dieu pour elle et pour les pauvres petits orphelins.
Et nous! Ni poudre, ni balles, ni cartouches, ni rien, excepté nos baïonnettes. Tout ce que nous pouvions faire, c'était d'attendre sur notre arbre en la surveillant toujours, et de la recevoir à la pointe de la fourchette si elle voulait sauter sur nous.
IX
UN COUP D'ÉPERVIER
La lionne faisait donc le tour de l'arbre, et, en faisant le tour, elle regardait tantôt Pitou, tantôt moi, et surtout nos deux baïonnettes, dont elle connaissait la pointe pour avoir essayé celle de Pitou, et qu'elle voyait toujours tournées du côté de son mufle roux. De temps en temps elle rognonnait comme un tonnerre qui gronderait sous terre. C'était sa manière de réflexionner.
Je dis à Pitou: