—Ça, dit Pitou en appuyant son menton sur sa main, c'est à voir. Qu'est-ce que tu feras pour nous signaler?»

Ce pauvre Pitou, c'était un ami,—et un bon, un vrai, un solide, un sûr,—mais qui n'avait pas pour cinq centimes de devinette. Il fallait tout lui expliquer depuis A jusqu'à Z.

Je lui dis:

«Pitou, regarde devant toi. Là, tu vois bien à droite des orangers et dos citronniers, à gauche des champs de tabac et des vignes, et au milieu la ville, et plus loin encore la plaine jusqu'aux montagnes bleues. Est-ce assez beau, ça!

—Oui, dit Pitou, c'est magnifique tout ça; mais ça n'est ni à toi ni à moi! C'est à des bourgeois qui n'ont pas envie de nous en faire cadeau.»

Alors je répliquai, voyant qu'il venait de lui-même où j'avais voulu l'amener:

«Pitou, la terre est grande, et les bourgeois ne l'ont pas prise tout entière. De l'autre côté des montagnes, là-bas, au sud, il y a un pays superbe qui n'a pas de propriétaire.

—Oh! dit Pitou étonné, pas de propriétaire! Est-ce Dieu possible?... Et nous pourrions l'avoir pour rien, Dumanet?

—Presque rien. La peine de le prendre.

—C'est le désert alors, Dumanet?... Et tu dis que c'est grand?...