Un maître diable, porté sur quatre épaules, balançait fièrement la plus énergique démonstration de sa jouissance érotico-satanique et, dans ses moments d'humeur répandait a flots la liqueur bénite. Chacun se prosternait à son passage. C'était la procession du Saint Sacrement.
Mais voilà qu'une heure sonne, et aussitôt, tous les Diables s'appellent, se prennent par la main et forment une ronde immense.
Le branle se donne; ils tournent, s'emportent, volent comme l'éclair.
Les plus faibles succombent dans ce tournoiement rapide, ce galop insensé. Leur chute fait culbuter les autres, ce n'est plus qu'une horrible confusion, un pèle-mèle affreux d'enclavements grotesques, d'accouplements hideux. Cahos immonde de corps abîmés, tout tâchés de luxure, que vient dérober une fumée épaisse.
G. — Vous brodez à merveille, Alcide, votre rève irait bien dans un livre….
Alc. — Que voulez-vous? il faut passer la nuit… Ecoutez encore, la suite n'est plus que réalité.
Lorsque je fus revenu de ces accès terribles, je me sentis moins lourd, mais plus abattu. Trois femmes jeunes encore et vêtues d'un simple peignoir blanc, étaient assises près de mon lit. Je crus que mon vertige durait encore, mais on m'apprit bientôt que mon Médecin, comprenant ma maladie, avait jugé à propos de m'appliquer le seul remède qui m'était convenable.
Je pris d'abord une main blanche et potelée que je couvris de baisers. Une lèvre fraîche et rose vint se poser sur ma bouche. Ce contact délicieux m'électrisa. J'avais toute l'ardeur d'un fou égaré.
"O mes belles amies! m'écriai-je, je veux être heureux, heureux à l'excès, je veux mourir dans vos bras. Prêtez-vous à mes transports, à ma folie"
Aussitôt, je jette loin de moi ce qui me couvre encore, je m'étends sur mon lit. Un coussin placé sous mes reins me tient dans la position la plus avantageuse. Mon Priape se dresse superbe, radieux.