Pierre est trop violent.
PHILIPPE.
Pauvre Pierre! comme le rouge lui est monté au front! comme il a frémi en t'écoutant raconter l'insulte faite à sa sœur! C'est moi qui suis un fou, car je t'ai laissé dire. Pierre se promenait par la chambre à grands pas, inquiet, furieux, la tête perdue; il allait, il venait, comme moi maintenant. Je le regardais en silence: c'est un si beau spectacle qu'un sang pur montant à un front sans reproche! O ma patrie! pensais-je, en voilà un, et c'est mon aîné. Ah! Léon, j'ai beau faire, je suis un Strozzi.
LE PRIEUR.
Il n'y a peut-être pas tant de danger que vous le pensez.—C'est un grand hasard s'il rencontre Salviati ce soir.—Demain nous verrons toutes les choses plus sagement.
PHILIPPE.
N'en doute pas; Pierre le tuera, ou il se fera tuer.
Il ouvre la fenêtre.
Où sont-ils maintenant? Voilà la nuit; la ville se couvre de profondes ténèbres; ces rues sombres me font horreur;—le sang coule quelque part; j'en suis sûr.
LE PRIEUR.