Le soleil commence à baisser. De larges bandes de pourpre traversent le feuillage, et la grenouille fait sonner sous les roseaux sa petite cloche de cristal. C'est une singulière chose que toutes les harmonies du soir avec le bruit lointain de cette ville.
MARIE.
Il est temps de rentrer; noue ton voile autour de ton cou.
CATHERINE.
Pas encore, à moins que vous n'ayez froid. Regardez, ma mère chérie[ C]; que le ciel est beau! Que tout cela est vaste et tranquille! Comme Dieu est partout! Mais vous baissez la tête, vous êtes inquiète depuis ce matin.
[Note C] : Catherine Ginori est belle-sœur de Marie; elle lui donne le nom de mère, parce qu'il y a entre elles une différence d'âge très grande; Catherine n'a guère que vingt-deux ans. (Note de l'auteur).
MARIE.
Inquiète, non, mais affligée. N'as-tu pas entendu répéter cette fatale histoire de Lorenzo? Le voilà la fable de Florence.
CATHERINE.
O ma mère! la lâcheté n'est point un crime; le courage n'est pas une vertu: pourquoi la faiblesse est-elle blâmable? Répondre des battements de son cœur est un triste privilège; Dieu seul peut le rendre noble et digne d'admiration. Et pourquoi cet enfant n'aurait-il pas le droit que nous avons toutes, nous autres femmes? Une femme qui n'a peur de rien n'est pas aimable, dit-on.