LE MARQUIS.
Il est certain que tout cela n'est pas beau. En vérité, cela demanderait vengeance.
BETTINE.
Vengeance! ah! oui, n'en doutez pas! Mais quelle vengeance puis-je trouver? Vous parlez en homme, Stéfani, et vous ressentez en homme un affront. Vous-même, cependant, que pouvez-vous faire quand vous avez un ennemi? Que pouvez-vous de plus que de le tuer? Vous croyez vous venger ainsi... Ah! mon ami, pour un cœur honnête, il y a des maux plus affreux que la mort; mais pour un lâche, ce qu'il y a de plus terrible, c'est la mort, qui n'est rien.
LE MARQUIS.
Je gagerais que cette lettre impertinente n'est pas entièrement du fait de votre baron. Il y a de la femme là dedans,—c'est un monstre à deux têtes,—car enfin quelle nécessité de vous avertir qu'il ne s'en va pas seul? La lâcheté est de lui, l'insulte est féminine.
BETTINE.
Je l'ai senti comme vous. Il le sait bien aussi, et il a voulu mettre entre nous une barrière infranchissable. Il craignait que je ne voulusse le suivre, il avait peur de mon pardon, et il a pris ce moyen de l'éviter; il savait que, lorsqu'une femme frappe le cœur d'une autre, elle rend toute espèce de retour impossible, et que la blessure ne se guérit pas. O perfide! le jour même qui était fixé, qu'il avait choisi pour notre mariage!... Hier au soir, il fallait voir comme il savait dissimuler! Il semblait, dans son impatience, souffrir d'attendre qu'il fît jour. O ciel! c'est moi qu'on joue ainsi! mon âme loyale ainsi traitée! Vous me connaissez, marquis, n'est-ce pas? Eh bien! j'ai combattu mon caractère trop vif, j'ai plié mon orgueil, afin de supporter ce qui me révoltait souvent, mais du moins ce que je croyais fait sans fausseté, sans dessein de nuire. Maintenant, je te vois tel que tu es, traître, et tu déchires mon cœur et mon honneur!
LE MARQUIS.
Ah ça! je pense à un mot de cette lettre. Lorsqu'il vous dit qu'il ne vous laisse pas seule, qu'est-ce qu'il entend par ces paroles? Est-ce donc que Calabre reste auprès de vous?