MAITRE BERNARD.

Ma fille n'est point une sotte, et ser Vespasiano est un sot. Qu'est-ce qu'un âne peut faire d'une rose?

DAME PAQUE.

Ce n'est pas vous qui l'épouserez. Essayez donc d'avoir le sens commun. Ne convenez-vous pas que c'est en revenant des fêtes de la reine que votre fille est tombée malade? N'en parle-t-elle pas sans cesse? N'amène-t-elle pas toujours les entretiens sur ce chapitre, sur l'habileté des cavaliers, sur les prouesses de celui-là, sur la belle tournure de celui-ci? Est-il rien de plus naturel à une jeune fille sans expérience que de sentir son cœur battre tout à coup pour la première fois, à la vue de tant d'armes resplendissantes, de tant de chevaux, de bannières, au son des clairons, au bruit des épées? Ah! quand j'avais son âge!...

MAITRE BERNARD.

Quand vous aviez son âge, dame Pâque, il me semble que vous m'avez épousé, et il n'y avait point là de trompettes.

DAME PAQUE.

Je le sais bien, mais ma fille est mon sang. Or, dans ces fêtes, je vous le demande, à qui peut-elle s'intéresser? Qui doit-elle chercher dans la foule, si ce n'est les gens qu'elle connaît? Et quel autre, parmi nos amis, quel autre que le beau, le galant, l'invincible ser Vespasiano?

MAITRE BERNARD.

À telle enseigne, qu'au premier coup de lance, il est tombé les quatre fers en l'air.