PERILLO.

Je puis attendre ici?

L'OFFICIER.

Oui, monsieur. En rentrant au palais, le roi va s'arrêter dans cette galerie, et toutes les personnes qui s'y trouvent peuvent approcher de Sa Majesté.

PERILLO, seul.

[On ne m'avait point trompé; Pierre conserve ici cette noble coutume que pratiquait naguère en France le saint roi Louis, de ne point celer la majesté royale, et de la montrer accessible à tous.] Je vais donc lui parler, et un mot de sa bouche peut tout changer dans mon existence. N'aurais-je pas hésité hier, n'aurais-je pas été bien troublé, bien gêné dans la cour de ce roi conquérant, qui se fait craindre autant qu'on l'aime? Tout m'est indifférent aujourd'hui: ce palais, où habite la puissance, où règnent toutes les passions, toutes les vanités et toutes les haines, est plus vide pour moi qu'un désert. Que pourrais-je redouter auprès de ce que j'ai souffert? Le désespoir ne vit que d'une pensée, et anéantit tout le reste.

SCÈNE II

PERILLO, MINUCCIO.