SCÈNE V
Les Précédents, LE ROI, LA REINE.
LE ROI.
Que je n'entende jamais pareille chose! Ce malheureux royaume est-il donc si maudit du ciel, si ennemi de son repos, qu'il ne puisse conserver la paix au dedans, tandis que je fais la guerre au dehors! Quoi! l'ennemi est à peine chassé, il se montre encore sur nos rivages, et lorsque je hasarde pour vous ma propre vie et celle de l'infant, je ne puis revenir un instant ici sans avoir à juger vos disputes!
LA REINE.
Pardonnez-leur au nom de votre gloire et du nouveau succès de vos armes.
LE ROI.
Non, par le ciel! car ce sont eux précisément qui me feraient perdre le fruit de ces combats, avec leurs discordes honteuses, avec leurs querelles de paysans! Celui-là, c'est l'orgueil qui le pousse, et celui-ci c'est l'avarice. On se divise pour un privilège, pour une jalousie, pour une rancune; pendant que la Sicile tout entière réclame nos épées, on tire les couteaux pour un champ de blé. Est-ce pour cela que le sang français coule encore depuis les Vêpres? Quel fut alors votre cri de guerre? La liberté, n'est-ce pas, et la patrie! et tel est l'empire de ces deux grands mots, qu'ils ont sanctifié la vengeance. Mais de quel droit vous êtes-vous vengés, si vous déshonorez la victoire? Pourquoi avez-vous renversé un roi, si vous ne savez pas être un peuple?
LA REINE.