LA REINE.
Je vous connais plus que vous ne pensez, et la preuve que j'ai toute confiance en vous, c'est la question que je vais vous faire, en vous priant de l'excuser, mais d'y répondre avec franchise. Vous êtes belle, jeune et riche, dit-on.] Si ce jeune homme [dont nous parlons] demandait votre main, l'épouseriez-vous?
CARMOSINE.
Mais, madame...
LA REINE.
En supposant, bien entendu, que votre cœur fut libre, et qu'aucun engagement ne vînt s'opposer à cette alliance.
CARMOSINE.
Mais, madame, dans quel but me demandez-vous cela?
LA REINE.
C'est que j'ai pour amie une jeune fille, belle comme vous, qui a votre âge, qui est, comme vous, un peu souffrante; c'est de la mélancolie ou peut-être quelque chagrin secret qu'elle dissimule, je ne sais trop, mais j'ai le projet, si cela se peut, de la marier, et de la mener à la cour, afin d'essayer de la distraire; car elle vit dans la solitude, et vous savez de quel danger cela est pour une jeune tête qui s'exalte, se nourrit de désirs, d'illusions; [qui prend pour l'espérance tout ce qu'elle entrevoit, pour l'avenir tout ce qu'elle ne peut voir; qui s'attache à un rêve dont elle se fait un monde, innocemment, sans y réfléchir, par un penchant naturel du cœur,] et qui, hélas! en cherchant l'impossible, passe bien souvent à côté du bonheur.