Elle avait prononcé ces mots avec tant de tristesse, que Valentin en fut ému. Il s'assit près d'elle, et lui conta fidèlement tout ce qui s'était passé dans son cœur.—Je l'aimais déjà, lui dit-il enfin, et je l'aime encore; c'est la vérité.

—Rien n'est plus possible entre nous, répondit la marquise en se levant.
Elle s'approcha d'une glace, se renvoya à elle-même un regard coquet.

—J'ai fait pour vous, continua-t-elle, la seule action de ma vie où je n'ai réfléchi à rien. Je ne m'en repens pas, mais je voudrais n'être pas seule à m'en souvenir quelquefois.

Elle ôta de son doigt une bague d'or où était enchâssée une aigue-marine.

—Tenez, dit-elle à Valentin, portez ceci pour l'amour de moi; cette pierre ressemble à une larme.

Quand elle présenta sa bague au jeune homme, il voulut lui baiser la main.

—Prenez garde, dit-elle; songez que j'ai vu votre maîtresse; ne nous souvenons pas trop tôt.

—Ah! répondit-il, je l'aime encore, mais je sens que je vous aimerai toujours.

—Je le crois, répliqua la marquise, et c'est peut-être pour cette raison que je pars demain pour la Hollande, où je vais rejoindre mon mari.

—Je vous suivrai, s'écria Valentin; n'en doutez pas, si vous quittez la
France, je partirai en même temps que vous.