—Qui sait? répondit l'Africaine avec un malicieux sourire.
—Toi, je suppose. N'es-tu pas la servante de Monna Bianchina?
—Non; qui est-elle, Monna Bianchina?
—Eh! par Dieu! celle qui t'a chargée l'autre jour de m'apporter cette boîte que tu as si bien jetée sur mon balcon.
—Oh! Excellence, je ne le crois pas.
—Je le sais; ne cherche pas à feindre; c'est elle-même qui me l'a dit.
—Si elle vous l'a dit,… répliqua la négresse d'un air d'hésitation. Elle haussa les épaules, réfléchit un instant; puis, donnant de son éventail un petit coup sur la joue de Pippo, elle lui cria en s'enfuyant:
—Mon beau garçon, on s'est moqué de toi.
Les rues de Venise sont un labyrinthe si compliqué, elles se croisent de tant de façons par des caprices si variés et si imprévus, que Pippo, après avoir laissé échapper la jeune fille, ne put parvenir à la rejoindre. Il resta fort embarrassé, car il avait commis deux fautes, la première en donnant sa bourse à Bianchina, et la seconde en ne retenant pas la négresse. Errant au hasard dans la ville, il se dirigea, presque sans le savoir, vers le palais de la signora Dorothée, sa marraine; il se repentait de n'avoir pas fait à cette dame, quelque temps auparavant, sa visite projetée; il avait coutume de la consulter sur tout ce qui l'intéressait, et rarement il avait eu recours à elle sans en retirer quelque avantage.
Il la trouva seule dans son jardin, et après lui avoir baisé la main: —Jugez, lui dit-il, ma bonne marraine, de la sottise que je viens de faire. On m'a envoyé, il n'y a pas longtemps, une bourse….