Tristan se laissa conduire par son frère; tous deux entrèrent dans la boutique. Ce n'était pas une chose facile que de rappeler au marchand un objet de peu de valeur acheté chez lui il y avait longtemps. Il ne l'avait pourtant pas oublié, à cause de la singularité des deux noms réunis.
—Je me souviens, en effet, dit-il, d'un petit bracelet que deux jeunes gens m'ont commandé l'hiver dernier, et je reconnais bien monsieur. Mais quant à savoir où ce bracelet a été porté, et à qui, je n'en peux rien dire.
—C'était à une demoiselle Javotte, dit Armand, qui devait demeurer dans un passage.
—Attendez, reprit le bijoutier. Il ouvrit son livre, le feuilleta, réfléchit, se consulta, et finit par dire: C'est cela même; mais ce n'est point le nom de Javotte que je trouve sur mon livre. C'est le nom de madame de Monval, cité Bergère, 4.
—Vous avez raison dit Tristan, elle se faisait appeler ainsi; ce nom de Monval m'était sorti de la tête; peut-être avait-elle le droit de le porter, car son titre de Javotte n'était, je crois, qu'un sobriquet. Travaillez-vous encore quelquefois pour elle; vous a-t-elle acheté autre chose?
—Non, monsieur; elle m'a vendu, au contraire, une chaîne d'argent cassée qu'elle avait.
—Mais point de bracelet?
—Non, monsieur.
—Va pour Monval, dit Armand; grand merci, monsieur. Et quant à nous, en route pour la cité Bergère.
—Je crois, dit Tristan en quittant le bijoutier, qu'il serait bon de prendre un fiacre. J'ai quelque peur que madame de Monval n'ait changé plusieurs fois de domicile, et que notre course ne soit longue.