—Vous serez donc toujours un mauvais plaisant, monsieur de Berville? répondit Javotte; tout cela est fort simple; ce n'est qu'un pied-à-terre; mais je me fais arranger quelque chose là-bas, car vous savez que je perche au diable.
—Oui, j'ai appris que vous étiez au théâtre.
—Mon Dieu, oui, je me suis décidée. Vous savez que la grande musique, la musique sérieuse, a été l'occupation de toute ma vie. M. le baron, que vous venez de voir, je suppose, sortant d'ici, et qui est un de mes bons amis, m'a persécutée pour prendre un engagement. Que voulez-vous! je me suis laissé faire. Nous jouons toutes sortes de choses, le drame, le vaudeville, l'opéra.
—On m'a dit cela, reprit Tristan; mais j'ai à vous parler d'une affaire assez sérieuse, et, comme votre temps doit être précieux, trouvez bon que je me hâte de profiter de l'occasion que j'ai de vous faire mes confidences. Vous souvenez-vous d'un certain bracelet?...
Tout en parlant, Tristan, par distraction, jeta les yeux sur la cheminée; la première chose qu'il y remarqua fut la carte de visite de la Bretonnière, accrochée à la glace.
—Est-ce que vous connaissez ce personnage-là? demanda-t-il avec surprise.
—Oui; c'est un ami du baron; je le vois de temps en temps, et je crois même qu'il dîne à la maison aujourd'hui. Mais, de grâce, continuez donc, je vous en prie, et je vous écoute.
IV
Il y aurait peut-être pour le philosophe ou pour le psychologue, comme on dit, une curieuse étude à faire sur le chapitre des distractions. Supposez un homme qui est en train de parler des choses qui le touchent le plus à la personne dont il aie plus à craindre ou à espérer, à un avocat, à une femme ou à un ministre. Quel degré d'influence exercera sur lui une épingle qui le pique au milieu de son discours, une boutonnière qui se déchire, un voisin qui se met à jouer de la flûte? Que fera un acteur, récitant une tirade, et apercevant tout à coup un de ses créanciers dans la salle? Jusqu'à quel point, enfin, peut-on parler d'une chose, et en même temps penser à une autre?