Richelieu sourit, cette méprise le flattait.

—Je vous ai entendu demander le Cardinal; que lui voulez-vous enfin? Qu’êtes-vous venue chercher?

La religieuse se recueillit et mit un doigt sur son front.

—Je ne m’en souviens plus, dit-elle, vous m’avez trop parlé... J’ai perdu cette idée, c’était pourtant une grande idée... C’est pour elle que je suis condamnée à la faim qui me tue; il faut que je l’accomplisse, ou je vais mourir avant. Ah! dit-elle en portant sa main sous sa robe dans son sein, où elle parut prendre quelque chose, la voilà, cette idée...

Elle rougit tout à coup, et ses yeux s’ouvrirent extraordinairement; elle continua en se penchant à l’oreille du Cardinal:

—Je vais vous le dire: Urbain Grandier, mon amant Urbain, m’a dit cette nuit que c’était Richelieu qui l’avait fait périr; j’ai pris un couteau dans une auberge, et je viens ici pour le tuer, dites-moi où il est.

Le Cardinal, effrayé et surpris, recula d’horreur. Il n’osait appeler ses gardes, craignant les cris de cette femme et ses accusations; et cependant un emportement de cette folle pouvait lui devenir fatal.

—Cette histoire affreuse me poursuivra donc partout! s’écria-t-il en la regardant fixement, cherchant dans son esprit le parti qu’il devait prendre.

Ils demeurèrent en silence l’un en face de l’autre dans la même attitude, comme deux lutteurs qui se contemplent avant de s’attaquer, ou comme le chien d’arrêt et sa victime pétrifiés par la puissance du regard.

Cependant Laubardemont et Joseph étaient sortis ensemble, et, avant de se séparer, ils se parlèrent un moment devant la tente du Cardinal, parce qu’ils avaient besoin de se tromper mutuellement; leur haine venait de prendre des forces dans leur querelle, et chacun avait résolu de perdre son rival près du maître. Le juge commença le dialogue, que chacun d’eux avait préparé en se prenant le bras, comme d’un seul et même mouvement: