Lorsque parut pour la première fois ce livre[5], il parut seul, sans notes, comme œuvre d’art, comme résumé d’un siècle. Pour qu’en toute loyauté il fût jugé par le public, l’auteur ne voulut l’entourer en nulle façon de cet éclat apparent des recherches historiques, dont il est trop facile de décorer un livre nouveau. Il voulut, selon la théorie qui sert ici de préface: Sur la vérité dans l’art, ne point montrer le vrai détaillé, mais l’œuvre épique, la composition avec sa tragédie, dont les nœuds enveloppent tous les personnages éminents du temps de Louis XIII. Bientôt cependant l’auteur s’aperçut de la nécessité d’indiquer les sources principales de son travail; et comme il avait toujours voulu remonter aux plus pures, c’est à-dire aux manuscrits, et, à leur défaut, aux éditions contemporaines, il ajouta les renseignements les plus détaillés à la seconde édition de Cinq-Mars[6], pour rectifier des erreurs répandues sur l’authenticité de quelques faits. Depuis lors il revint à la simple et primitive unité de son ouvrage. Mais aujourd’hui qu’on a multiplié, au delà de ce qu’il eût pu attendre, cette production, qu’il est loin de croire irréprochable, il veut que les esprits curieux des détails du vrai anecdotique n’aient pas à chercher ailleurs des documents qu’il avait écartés.

[PAGE 178.]

Une barbe plate et rousse à l’extrémité...

«Pendant sa jeunesse, dit l’historien du père Joseph, il avait les cheveux et la barbe d’un roux un peu ardent. Il s’était aperçu que Louis XIII ne pouvait souffrir cette couleur; aussi avait-il pris soin de la brunir avec des peignes de plomb et d’acier, jusqu’à ce qu’il eût trouvé le secret de la blanchir, que lui donna plus tard un empirique. L’horreur du roi était telle pour cette couleur, qu’un jour son premier gentilhomme de la chambre (dont le frère avait le plus beau gouvernement du royaume), ayant l’honneur d’accompagner Sa Majesté à Fontainebleau, dans une partie de chasse, il fit tant de pluie qu’il emporta toute la peinture dont il cachait la rousseur de ses cheveux. Le prince, l’ayant aperçue, en eut peur et lui dit:—Bon Dieu, que vois-je! ne paraissez plus devant moi. Le gentilhomme fut obligé de se défaire de sa charge.»

[PAGE 180.]

Son confident...

Ce trop célèbre capucin, que l’un de ses historiens appelle l’esprit auxiliaire du Cardinal, fut non seulement son confident, mais celui du Roi même. Inflexible, souple et bas, il affermissait les pas du ministre dans les voies du sang, et l’aidait à y faire descendre le faible prince. L’histoire de cet homme est partout; mais voici les détails d’une de ses manœuvres que l’on connaît peu:

M. de Montmorency était pris à Castelnaudary, Louis XIII hésitait à le faire périr. Monsieur, qui l’avait abandonné sur le champ de bataille, demandait sa grâce avec vigueur. Le Cardinal voulait sa mort, et ne savait comment obtenir cette précieuse faveur. Bullion était chargé de la négociation, et conseillait Gaston: ce fut à cet homme que Joseph s’adressa d’abord.

Il s’empare de lui avec une adresse de serpent, et, par son organe, fait conseiller à Monsieur de ne plus demander au Roi des assurances pour la grâce du jeune duc, mais de s’en remettre à la bonté seule de Louis, dont on blessait le cœur en ayant l’air d’en douter. Monsieur croit voir dans ce discours l’intention de pardonner, insinuée par son frère même, et fait son accommodement pour lui seul, sans rien stipuler pour le jeune duc, et s’en remettant à la clémence du Roi. C’est alors qu’en un conseil étroit entre le Roi, le Cardinal et Joseph, celui-ci ose prendre la parole le premier, et, concertant la fougue de ses vociférations politiques avec les flegmatiques arguments du Cardinal, arrache de Louis la promesse, trop bien tenue, d’être inflexible.

Brulart de Léon, ambassadeur à Ratisbonne avec Joseph, dit que le capucin n’avait de chrétien que le nom, et ne cherchait qu’à tromper tout le monde.