—Oui, monsieur le comte, reprit le jeune abbé en saluant avec toute la gravité du temps; je cherchais l’occasion de vous appeler au nom de M. d’Attichi, mon ami, avec qui vous eûtes quelque chose à Paris.
—Monsieur l’abbé, je suis à vos ordres; je vais chercher mes seconds, cherchez les vôtres.
—Ce sera à cheval, avec l’épée et le pistolet, n’est-il pas vrai? ajouta Gondi, avec le même air dont on arrangerait une partie de campagne, en époussetant la manche de sa soutane avec le doigt.
—Si tel est votre bon plaisir, reprit l’autre.
Et ils se séparèrent pour un instant en se saluant avec grande politesse et de profondes révérences.
Une foule brillante de jeunes gentilshommes passait et repassait autour d’eux dans la galerie. Ils s’y mêlèrent pour chercher leurs amis. Toute l’élégance des costumes du temps était déployée par la cour dans cette matinée: les petits manteaux de toutes les couleurs, en velours, en satin, brodés d’or ou d’argent, des croix de Saint-Michel et du Saint-Esprit, les fraises, les plumes nombreuses des chapeaux, les aiguillettes d’or, les chaînes qui suspendaient de longues épées, tout brillait, tout étincelait, moins encore que le feu des regards de cette jeunesse guerrière, que ses propos vifs, ses rires spirituels et éclatants. Au milieu de cette assemblée passaient lentement des personnages graves et de grands seigneurs suivis de leurs nombreux gentilshommes.
Le petit abbé de Gondi, qui avait la vue très basse, se promenait parmi la foule, fronçant les sourcils, fermant à demi les yeux pour mieux voir, et relevant sa moustache, car les ecclésiastiques en portaient alors. Il regardait chacun sous le nez pour reconnaître ses amis, et s’arrêta enfin à un jeune homme d’une fort grande taille, vêtu de noir de la tête aux pieds, et dont l’épée même était d’acier bronzé fort noir. Il causait avec un capitaine des gardes, lorsque l’abbé de Gondi le tira à part:
—Monsieur de Thou, lui dit-il, j’aurai besoin de vous pour second dans une heure, à cheval, avec l’épée et le pistolet, si vous voulez me faire cet honneur...
—Monsieur, vous savez que je suis des vôtres tout à fait et à tout venant. Où nous trouverons-nous?
—Devant le bastion espagnol, s’il vous plaît.