Gondi tourna le dos en regardant à une pendule et ne voulant pas perdre plus de temps à de mauvaises plaisanteries; mais il n’eut pas plus de succès ailleurs, car, ayant abordé deux gentilshommes de la jeune Reine, qu’il supposait mécontents du Cardinal, et heureux par conséquent de se mesurer avec ses créatures, l’un lui dit fort gravement:

—Monsieur de Gondi, vous savez ce qui vient de se passer? Le Roi a dit tout haut: «Que notre impérieux Cardinal le veuille ou non, la veuve de Henri-le-Grand ne restera pas plus longtemps exilée.» Impérieux, monsieur l’abbé, sentez-vous cela? Le Roi n’avait encore rien dit d’aussi fort contre lui. Impérieux! c’est une disgrâce complète. Vraiment, personne n’osera plus lui parler; il va quitter la cour aujourd’hui certainement.

—On m’a dit cela, monsieur; mais j’ai une affaire...

—C’est heureux pour vous, qu’il arrêtait tout court dans votre carrière.

—Une affaire d’honneur...

—Au lieu que Mazarin est pour vous...

—Mais voulez-vous, ou non, m’écouter?

—Ah! s’il est pour vous, vos aventures ne peuvent lui sortir de la tête, votre beau duel avec M. de Coutenan et la jolie petite épinglière; il en a même parlé au Roi. Allons, adieu, cher abbé, nous sommes fort pressés; adieu, adieu...

Et, reprenant le bras de son ami, le jeune persifleur, sans écouter un mot de plus, marcha vite dans la galerie et se perdit dans la multitude des passants.

Le pauvre abbé restait donc fort mortifié de ne pouvoir trouver qu’un second, et regardait tristement s’écouler l’heure et la foule, lorsqu’il aperçut un jeune gentilhomme qui lui était inconnu, assis près d’une table et appuyé sur son coude d’un air mélancolique. Il portait des habits de deuil qui n’indiquaient aucun attachement particulier à une grande maison ou à un corps; et, paraissant attendre sans impatience le moment d’entrer chez le Roi, il regardait d’un air insouciant ceux qui l’entouraient et semblait ne les pas voir et n’en connaître aucun.