—J’ai dit, reprit le vieux marquis de Coislin, qui, avec ses cheveux blancs, avait encore le feu de la jeunesse dans les yeux, que si l’on vous ordonnait de monter à l’assaut à cheval, vous le feriez.
—Bravo! bravo! crièrent tous les gens d’armes en battant des mains.
—Eh bien, monsieur le marquis, dit Cinq-Mars en s’approchant, voici l’occasion d’exécuter ce que vous avez promis; je ne suis qu’un simple volontaire, mais il y a déjà un instant que ces messieurs et moi examinons ce bastion, et je crois qu’on en pourrait venir à bout.
—Monsieur, au préalable, il faudrait sonder le gué pour...
En ce moment, une balle partie du rempart même dont on parlait vint casser la tête au cheval du vieux capitaine.
—Locmaria, de Mouy, prenez le commandement, et l’assaut, l’assaut! crièrent les deux compagnies nobles, le croyant mort.
—Un moment, un moment, messieurs, dit le vieux Coislin en se relevant, je vous y conduirai, s’il vous plaît; guidez-nous, monsieur le volontaire, car les Espagnols nous invitent à ce bal, et il faut répondre poliment.
A peine le vieillard fut-il sur un autre cheval que lui amenait un de ses gens, et eut-il tiré son épée, que, sans attendre son commandement, toute cette ardente jeunesse, précédée par Cinq-Mars et ses amis, dont les chevaux étaient poussés en avant par les escadrons, se jeta dans les marais, où, à son grand étonnement et à celui des Espagnols, qui comptaient trop sur sa profondeur, les chevaux ne s’enfoncèrent que jusqu’aux jarrets, et malgré une décharge à mitraille des deux plus grosses pièces, tous arrivèrent pêle-mêle sur un petit terrain de gazon au pied des remparts à demi ruinés. Dans l’ardeur du passage, Cinq-Mars et Fontrailles, avec le jeune Locmaria, lancèrent leurs chevaux sur le rempart même; mais une vive fusillade tua et renversa ces trois animaux, qui roulèrent avec leurs maîtres.
—Pied à terre, messieurs! cria le vieux Coislin; le pistolet et l’épée, et en avant! abandonnez vos chevaux.
Tous obéirent rapidement et vinrent se jeter en foule à la brèche.