—Henry d’Effiat, dit à haute voix le volontaire en s’inclinant.
—Comment donc, Sire, c’est lui-même que j’avais annoncé à Votre Majesté, et qui devait lui être présenté de ma main, le second fils du maréchal.
—Ah! dit Louis XIII avec vivacité, j’aime à le voir présenté par ce bastion. Il y a bonne grâce, mon enfant, à l’être ainsi quand on porte le nom de notre vieil ami. Vous allez nous suivre au camp, où nous avons beaucoup à vous dire. Mais que vois-je! vous ici, monsieur de Thou! qui êtes-vous venu juger?
—Je crois, Sire, répondit Coislin, qu’il a plutôt condamné à mort quelques Espagnols, car il est entré le second dans la place.
—Je n’ai frappé personne, monsieur, interrompit de Thou en rougissant; ce n’est point mon métier; ici je n’ai aucun mérite, j’accompagnais M. de Cinq-Mars mon ami.
—Nous aimons votre modestie autant que cette bravoure, et nous n’oublierons pas ce trait. Cardinal, n’y a-t-il pas quelque présidence vacante?
Richelieu n’aimait pas M. de Thou; et, comme ses haines avaient toujours une cause mystérieuse, on en cherchait la cause vainement; elle se dévoila par un mot cruel qui lui échappa. Ce motif d’inimitié était une phrase des Histoires du président de Thou, père de celui-ci, où il flétrit aux yeux de la postérité un grand-oncle du Cardinal, moine d’abord, puis apostat, souillé de tous les vices humains.
Richelieu, se penchant à l’oreille de Joseph, lui dit:
—Tu vois bien cet homme, c’est lui dont le père a mis mon nom dans son histoire; eh bien! je mettrai son nom dans la mienne.
En effet, il l’inscrivit plus tard avec du sang. En ce moment, pour éviter de répondre au Roi, il feignit de ne pas avoir entendu sa question et d’appuyer sur le mérite de Cinq-Mars et le désir de le voir placé à la cour.