Un jeune chartreux avança sa tête pâle entre deux gardes; tous les conjurés se levèrent au-dessus du peuple à genoux, chacun d’eux portant la main à sa ceinture ou dans son sein et serrant de près le soldat qu’il devait poignarder.

—Que fait-il? dit le chartreux; a-t-il son chapeau sur la tête?

—Il jette son chapeau à terre loin de lui, dit paisiblement l’arquebusier qu’il interrogeait.

CHAPITRE XXVI

LA FÊTE

Mon Dieu! qu’est-ce que ce monde?

(Dernières paroles de M. de Cinq-Mars.)

Le jour même du cortège sinistre de Lyon, et durant les scènes que nous venons de voir, une fête magnifique se donnait à Paris, avec tout le luxe et le mauvais goût du temps. Le puissant Cardinal avait voulu remplir à la fois de ses pompes les deux premières villes de France.

Sous le nom d’ouverture du Palais-Cardinal, on annonça cette fête donnée au Roi et à toute la cour. Maître de l’empire par la force, il voulut encore l’être des esprits par la séduction, et, las de dominer, il espéra plaire. La tragédie de Mirame allait être représentée dans une salle construite exprès pour ce grand jour: ce qui éleva les frais de cette soirée, dit Pélisson, à trois cent mille écus.

La garde entière du premier ministre[36] était sous les armes; ses quatre compagnies de Mousquetaires et de Gens d’armes étaient rangées en haie sur les vastes escaliers et à l’entrée des longues galeries du Palais-Cardinal[37]. Ce brillant Pandemonium, où les péchés mortels ont un temple à chaque étage, n’appartint ce jour-là qu’à l’orgueil, qui l’occupait de haut en bas. Sur chaque marche était posté l’un des arquebusiers de la garde du Cardinal, tenant une torche à la main et une longue carabine dans l’autre; la foule de ses gentilshommes circulait entre ces candélabres vivants, tandis que dans le grand jardin, entouré d’épais marronniers, remplacés aujourd’hui par les arcades, deux compagnies de Chevau-légers à cheval, le mousquet au poing, se tenaient prêtes au premier ordre et à la première crainte de leur maître.