Il se faisait tirer, dit un journal manuscrit, etc., etc.
Son bateau prit terre contre la balme de Bonneri. En cette ville, où quantité de noblesse l’attendoit, entre autres M. le comte de Suze, Monseigneur de Viviers le salua à la sortie de son bateau; mais il fallut attendre de lui parler jusques à ce qu’il fust au logis qu’on lui avoit préparé dans la ville. Quand son bateau abordoit la terre, il y avoit un pont de bois qui du bateau alloit au bord de la rivière; après qu’on avoit vu s’il s’estoit bien assuré, on sortoit le lit dans lequel ledit seigneur estoit couché, car il estoit malade d’une douleur ou ulcère au bras. Il y avoit six puissants hommes qui portoient le lit avec deux barres; et les liens où les hommes mettoient les mains estoient rembourrés et garnis de buffleteries. Ils portoient sur les épaules et autour du cou certaines trapointes garnies en dedans de coton, et la main couverte de buffle; si bien que les sangles ou surfaix qu’ils mettoient au cou estoient comme une étole qui descendoit jusques aux barres dans lesquelles elles estoient passées. Ainsi ces hommes portoient le lit et ledit seigneur dans les villes ou aux maisons auxquelles il devoit loger. Mais ce dont tout le monde estoit étonné, c’est qu’il entroit dans les maisons par les fenêtres; car auparavant qu’il arrivât, les maçons qu’il menoit abattoient les croisées des maisons, ou faisoient des ouvertures aux murailles des chambres où il devoit loger, et en après on faisait un pont de bois qui venoit de la rue jusqu’aux fenêtres ou ouvertures de son logis: ainsi estant dans son lit portatif, il passoit par les rues, et on le passoit sur le pont jusque dans un autre lit qui lui estoit préparé dans sa chambre, que ses officiers avoient tapissée de damas incarnat et violet, avec des ameublements très-riches. Il logea à Viviers dans la maison de Montarguy, qui est à présent à l’université de notre église. On abattit la croisée de la chambre, qui a sa vue sur la place, et le pont de bois pour y monter venoit depuis la boutique de Noël de Viel, sous la maison d’Ales, du côté nord, jusques à l’ouverture des fenêtres, où le seigneur Cardinal fut porté de la manière expliquée. Sa chambre estoit gardée de tous côtés, tant sous les voûtes qu’ès côtés et sur le dessus des logements où il couchoit.
Sa cour ou suite était composée de gens d’importance; la civilité, affabilité et courtoisie estoient avec eux. La dévotion y estoit très-grande; car les soldats, qui sont ordinairement indévôts et impies, firent de grandes dévotions. Le lendemain de son arrivée, qui estoit un dimanche, plusieurs d’iceux se confessèrent et communièrent avec démonstration de grande piété; ils ne firent aucune insolence dans la ville, vivant quasi comme des pucelles. La noblesse aussi fit de grandes dévotions. Quand on estoit sur le Rhône, quoiqu’il y eust quantité de bateliers, tant dans les barques qu’après les chevaux, on n’osait jamais blasphémer, qu’est quasi un miracle que de telles gens demeurassent dans une telle rétention; on ne leur voyait proférer que les mots qui leur estoient nécessaires pour la conduite de leurs barques, mais si modestement, que tout le monde en estoit ravi.
Monseigneur le cardinal Bigni logea à l’archidiaconé. On avoit préparé la maison de M. Panisse pour monseigneur le cardinal Mazarin; mais au partir du bourg Saint-Andéol, il prit la poste pour aller trouver le Roy. Le dimanche 25, ledit seigneur fut reporté dans son bateau avec le même ordre. (Extrait du journal manuscrit de J. de Banne.)
Sur les derniers moments de MM. de Cinq-Mars et de Thou, et leurs actes de dévotion.
La bravoure de M. de Cinq-Mars était froide, noble et élégante. Il n’y en a pas de mieux attestée. Si, après tant de détails historiques résumés dans le livre, il en fallait de nouvelles preuves, j’ajouterais, pour les confirmer, cette lettre de M. de Marca, et des fragments du rapport qui les suit, où l’on pourra remarquer ce passage:
«C’est une merveille incroyable qu’il ne témoigna jamais aucune peur, ni trouble, ni aucune émotion, etc.»
Le recueil intitulé: Journal de M. le Cardinal-Duc de Richelieu, qu’il a faict durant le grand orage de la court, en l’an 1642, tirés de ses Mémoires qu’il a écrits de sa main, porte ces paroles à la relation de l’instruction du procès:
M. de Cinq-Mars ne changea jamais de visage, ny de parole; toujours les mêmes douceur, modération et assurance.
Tallemant des Réaux dit dans ses Mémoires, tome I, page 418, etc., etc.: