—C’est Montrésor avec les gens de Monsieur, dit Fontrailles; nous pourrons bientôt commencer.
—Oui, par la corbleu! dit l’arrivant; car les Cardinalistes vont passer à trois heures; on nous en a instruits tout à l’heure.
—Où vont-ils? dit Fontrailles.
—Ils sont plus de deux cents pour conduire M. de Chavigny, qui va voir le vieux chat à Narbonne, dit-on; ils ont cru plus sûr de longer le Louvre.
—Eh bien, nous allons leur faire patte de velours, dit l’abbé.
Comme il achevait, un bruit de carrosses et de chevaux se fit entendre. Plusieurs hommes à manteaux roulèrent une énorme pierre au milieu du pavé. Les premiers cavaliers passèrent rapidement à travers la foule et le pistolet à la main, se doutant bien de quelque chose; mais le postillon qui guidait les chevaux de la première voiture s’embarrassa dans la pierre et s’abattit.
—Quel est donc ce carrosse qui écrase les piétons? crièrent à la fois tous les hommes en manteau. C’est bien tyrannique! Ce ne peut être qu’un ami du Cardinal de La Rochelle[3].
—C’est quelqu’un qui ne craint pas les amis du petit le Grand, s’écria une voix à la portière ouverte, d’où un homme s’élança sur un cheval.
—Rangez ces Cardinalistes jusque dans la rivière! dit une voix aigre et perçante.
Ce fut le signal des coups de pistolet qui s’échangèrent avec fureur de chaque côté, et qui prêtèrent une lumière à cette scène tumultueuse et sombre; le cliquetis des épées et le piétinement des chevaux n’empêchaient pas de distinguer les cris, d’un côté: «A bas le ministre! vive le Roi! vive Monsieur et monsieur le Grand! à bas les bas rouges!» de l’autre: «Vive Son Éminence! vive le grand Cardinal! mort aux factieux! vive le Roi!» car le nom du Roi présidait à toutes les haines comme à toutes les affections, à cette étrange époque.