—Dois-je en avoir de plus grandes? O mon ami! de quel ton, avec quelle voix me parlez-vous! êtes-vous fâché par ce que je suis venue trop tard?

—Trop tôt, madame, beaucoup trop tôt, pour les choses que vous devez entendre, car je vous en vois bien éloignée.

Marie, affligée de l’accent sombre et amer de sa voix, se prit à pleurer.

—Hélas! mon Dieu! qu’ai-je donc fait, dit-elle, pour que vous m’appeliez madame et me traitiez si durement?

—Ah! rassurez-vous, reprit Cinq-Mars, mais toujours avec ironie. En effet, vous n’êtes pas coupable; mais je le suis, je suis seul à l’être; ce n’est pas envers vous, mais pour vous.

—Avez-vous donc fait du mal? Avez-vous ordonné la mort de quelqu’un? Oh! non, j’en suis bien sûre, vous êtes si bon!

—Eh quoi! dit Cinq-Mars, n’êtes-vous pour rien dans mes projets? ai-je mal compris votre pensée lorsque vous me regardiez chez la Reine? ne sais-je plus lire dans vos yeux? le feu qui les animait était-ce un grand amour pour Richelieu? cette admiration que vous promettiez à celui qui oserait tout dire au Roi, qu’est-elle devenue? Est-ce un mensonge que tout cela?

Marie fondait en larmes.

—Vous me parlez toujours d’un air contraint, dit-elle: je ne l’ai point mérité. Si je ne vous dis rien de cette conjuration effrayante, croyez-vous que je l’oublie? ne me trouvez-vous pas assez malheureuse? avez-vous besoin de voir mes pleurs? les voilà. J’en verse assez en secret, Henri; croyez que si j’ai évité, dans nos dernières entrevues, ce terrible sujet, c’était de crainte d’en trop apprendre: ai-je une autre pensée que celle de vos dangers? ne sais-je pas bien que c’est pour moi que vous les courez? Hélas! si vous combattez pour moi, n’ai-je pas aussi à soutenir des attaques non moins cruelles? Plus heureux que moi, vous n’avez à combattre que la haine, tandis que je lutte contre l’amitié: le Cardinal vous opposera des hommes et des armes; mais la Reine, la douce Anne d’Autriche, n’emploie que de tendres conseils, des caresses, et quelquefois des larmes.

—Touchante et invincible contrainte, dit Cinq-Mars avec amertume, pour vous faire accepter un trône. Je conçois que vous ayez besoin de quelques efforts contre de telles séductions; mais avant, madame, il importe de vous délier de vos serments.