—Rappelez-le.

—Il doit avoir déjà dépassé les défilés d’Oloron, dit Cinq-Mars, se levant debout. Tout est prêt à Madrid; tout à Sedan; des armées m’attendent, Marie; des armées! et Richelieu est au milieu d’elles! Il chancelle, il ne faut plus qu’un seul coup pour le renverser, et vous êtes à moi pour toujours, à Cinq-Mars triomphant!

—A Cinq-Mars rebelle, dit-elle en gémissant.

—Eh bien, oui, rebelle, mais non plus favori! Rebelle, criminel, digne de l’échafaud, je le sais! s’écria ce jeune homme passionné en retombant à genoux; mais rebelle par amour, rebelle pour vous, que mon épée va conquérir enfin tout entière.

—Hélas! l’épée que l’on trempe dans le sang des siens n’est-elle pas un poignard?

—Arrêtez, par pitié, Marie! Que des rois m’abandonnent, que des guerriers me délaissent, j’en serai plus ferme encore: mais je serai vaincu par un mot de vous, et encore une fois le temps de réfléchir est passé pour moi; oui, je suis criminel, c’est pourquoi j’hésite à me croire encore digne de vous. Abandonnez-moi, Marie, reprenez cet anneau.

—Je ne le puis, dit-elle, car je suis votre femme, quel que vous soyez.

—Vous l’entendez, mon père, dit Cinq-Mars, transporté de bonheur; bénissez cette seconde union, c’est celle du dévouement, plus belle encore que celle de l’amour. Qu’elle soit à moi tant que je vivrai!

Sans répondre, l’abbé ouvrit la porte du confessionnal, sortit brusquement, et fut hors de l’église avant que Cinq-Mars eût le temps de se lever pour le suivre.

—Où allez-vous? qu’avez-vous? s’écria-t-il.