—Et pourquoi courent-ils? dit Jacques.

—Ah! voilà le plaisant de l’affaire! dit l’ivrogne. C’est pour arrêter deux coquins qui veulent apporter ici soixante mille soldats espagnols en papier dans leur poche. Tu ne comprends pas peut-être à demi-mot, croquant! hein! eh bien, c’est pourtant comme je te dis, dans leur propre poche!

—Si, si, je comprends! dit Jacques en tâtant son poignard dans sa ceinture et regardant la porte.

—Eh bien, enfant du diable, chantons la Tirana; prends ta bouteille, jette ton cigare, et chante.

A ces mots l’hôte, chancelant, se mit à chanter en espagnol, entrecoupant ses chants de rasades qu’il jetait dans son gosier en se renversant, tandis que Jacques, toujours assis, le regardait d’un œil sombre à la lueur du brasier, et méditait ce qu’il allait faire.

Moi qui suis contrebandier et qui n’ai peur de rien, me voilà. Je les défie tous, je veille sur moi-même, et on me respecte[19].
Ai, ai, ai, jaleo! Jeunes filles, jeunes filles, qui veut m’acheter du fil noir?

La lueur d’un éclair entra par une petite lucarne, et remplit la chambre d’une odeur de soufre; une effroyable détonation le suivit de près: la cabane trembla, et une poutre tomba en dehors.

—Oh! eh! la maison! s’écria le buveur; le diable est chez nous! les amis ne viennent donc pas?

—Chantons, dit Jacques en rapprochant le bât sur lequel il était assis de celui de Houmain.

Celui-ci but pour se raffermir, et reprit: