—C'est grand, dit Timoléon; et je remarquai qu'il posait la lettre sur la table.
—Et c'est l'AMOUR DU DANGER qui le nourrit, qui fait que jamais il n'est un moment désoeuvré, qu'il se sent en lutte, et qu'il a un but. C'est la lutte qu'il nous faut toujours; si nous étions en campagne, vous ne souffririez pas tant.
—Qui sait? dit-il.
—Vous êtes aussi heureux que vous pouvez l'être; vous ne pouvez pas avancer dans votre bonheur. Ce bonheur-là est une impasse véritable.
—Trop vrai! trop vrai! l'entendis-je murmurer.
—Vous ne pouvez pas empêcher qu'elle n'ait un jeune mari et un enfant, et vous ne pouvez pas conquérir plus de liberté que vous n'en avez; voilà votre supplice, à vous!»
Il me serra la main: «Et toujours mentir! dit-il. Croyez-vous que nous ayons la guerre?
—Je n'en crois pas un mot, répondis-je.
—Si je pouvais seulement savoir si elle est au bal ce soir! Je lui avais bien défendu d'y aller.
—Je me serais bien aperçu, sans ce que vous me dites-là, qu'il est minuit, lui dis-je; vous n'avez pas besoin d'Austerlitz, mon ami, vous êtes assez occupé; vous pouvez dissimuler et mentir encore pendant plusieurs années. Bonsoir.»