Voici ce que le Docteur-Noir écrivait, motivant chaque point de son ordonnance, usage fort louable et assez rare.

CHAPITRE XL

ORDONNANCE DU DOCTEUR-NOIR

SÉPARER LA VIE POÉTIQUE DE LA VIE POLITIQUE.

Et, pour y parvenir:

I.—Laisser à César ce qui appartient à César, c'est-à-dire le droit d'être, à chaque heure de chaque jour, honni dans la rue, trompé dans le palais; combattu sourdement, miné longuement, battu promptement et chassé violemment.

Parce que, l'attaquer ou le flatter avec la triple puissance des arts, ce serait avilir son oeuvre et l'empreindre de ce qu'il y a de fragile et de passager dans les événements du jour. Il convient de laisser cette tâche à la critique du matin, qui est morte le soir, ou à celle du soir, qui est morte le matin.—Laisser à tous les Césars la place publique, et les laisser jouer leur rôle, et passer, tant qu'ils ne troubleront ni les travaux de vos nuits ni le repos de vos jours.—Plaignez-les de toute votre pitié s'ils ont été forcés de se mettre au front cette couronne Césarienne, qui n'a plus de feuilles et déchire la tête. Plaignez-les encore s'ils l'ont désirée; leur réveil en est plus cruel après un long et beau rêve. Plaignez- les s'ils sont pervertis par le Pouvoir; car il n'est rien qui ne puisse fausser cette antique et peut-être nécessaire Fausseté, d'où viennent tant de maux.—Regardez cette lumière s'éteindre, et veillez; heureux si vos veilles peuvent aider l'humanité à se grouper et s'unir autour d'une clarté plus pure!

II.—SEUL ET LIBRE, ACCOMPLIR SA MISSION. Suivre les conditions de son être, dégagé de l'influence des Associations, même les plus belles.

Parce que la Solitude est la source des inspirations.

LA SOLITUDE EST SAINTE. Toutes les Associations ont tous les défauts des couvents.