Tunc cantilena Rolandi inchoata, ut martium viri exemplum pugnatores accenderet.
Et Warton, dans ses Dissertations, dit que les Huns chargeaient en criant: Hiu! hiu! C'était l'usage barbare.
Et maistre Robert de Wace donc, que l'on a nommé Gace, Gape,
Eustache et Wistache, ne dit-il pas de Taillefer le Normand:
Taillifer, qui moult bien chantout,
Sorr un cheval qui tost allout,
Devant le duc allout chantant
De Karlemagne et de Rollant,
Et de Olivier et des vassals
Qui morurent en Rouncevals.
—Et les deux races se mesurent, disait Stello avec ardeur, en même temps que le Docteur récitait avec lenteur et satisfaction ses citations; la flèche normande heurte la cotte de mailles saxonne. C'est le sire de Châtillon qui attaque le carl Aldhelme; le sire de Torcy tue Hengist. La France inonde la vieille île saxonne; la face de l'île est renouvelée, sa langue changée; et il ne reste que dans quelques vieux couvents quelques vieux moines, comme Turgot et depuis Rowley, pour gémir et prier auprès des statues de pierre des saints rois saxons, qui portent chacune une petite église dans leur main.
—Et quelle érudition! s'écria le Docteur. Il a fallu joindre les lectures françaises aux traditions saxonnes. Que d'historiens depuis Hue de Longueville jusqu'au sire de Saint-Valery! Le vidame de Patay, le seigneur de Picquigny, Guillaume des Moulins, que Stow appelle Moulinous, et le prétendu Rowley du Mouline; et le bon sire de Sanceaulx, et le vaillant sénéchal de Torcy, et le sire de Tancarville, et tous nos vieux faiseurs de chroniques et d'histoires mal rimées, balladées et versiculées! C'est le monde d'Ivanhoë.
—Ah! soupirait Stello, qu'il est rare qu'une si simple et si magnifique création que celle de la Bataille d'Hastings vienne du même poète anglais que ces chants élégiaques qui la suivent; quel poète anglais écrivit rien de semblable à cette ballade de Charité si naïvement intitulée: An excelente balade of Charitie? comme l'honnête Francisco de Leefdael imprimait la famosa comedia de Lope de Vega Carpio; rien de naïf comme le dialogue de l'abbé de Saint-Godwyn et de son pauvre; que le début est simple et beau! que j'ai toujours aimé cette tempête qui saisit la mer dans son calme! quelles couleurs nettes et justes! quel large tableau, tel que depuis l'Angleterre n'en a pas eu de meilleurs en ses poétiques galeries.
Voyez:
"C'était le mois de la Vierge. Le soleil était rayonnant au milieu du jour, l'air calme et mort, le ciel tout bleu. Et voilà qu'il se leva sur la mer un amas de nuages d'une couleur noire, qui s'avancèrent dans un ordre effrayant et de roulèrent au-dessus des bois en cachant le front éclatant du soleil. La noire tempête s'enflait et s'étendait à tire-d'aile…"
Et n'aimez-vous pas (qui ne l'aimerait?) à remplir vos oreilles de cette sauvage harmonie des vieux vers?