(Le Caïd, opéra-bouffon, act. I, sc. X.)
- ASTIQUER (S'). Se masturber.
- ATOUTS (Le plus d'). Sorte de jeu de filous qui se joue dans les cafés de bas étage.
- AVALE-TOUT. Femme qui ne recule devant aucune extrémité.
- AVOINE (Donner de l'). Battre, rouer de coups. De la langue des charretiers, l'expression est passée dans celle des souteneurs et des gens sans aveu. «Alphonse ne recule pas à lui donner de l'avoine (à sa maîtresse), c'est-à-dire à lui administrer une volée» (Voltaire, 1882).
- AVOIR UN COUP DE MARTEAU. Ne pas jouir de la plénitude de ses facultés.
- AVOIR LA CUISSE GAIE. Être de mœurs faciles. «Très gentille avec son petit nez en l'air; je parie qu'elle a la cuisse gaie, hein!» (Vie Parisienne, 1er octobre 1881.)
- AVOIR SON VIN AU CROC. Être privé de la ration de vin réglementaire. Argot des matelots. «Aussi lui était-il arrivé souvent d'être privé de sa ration de vin; en terme de marin, d'avoir son vin au croc.» (Patrie, février 1887.)
- AVOIR UNE BELLE PRESSE. Être complimenté par tous les journaux. «Madame est en train de lire ses journaux... Madame, à ce qu'il paraît, n'a jamais eu une si belle presse!» (De Goncourt: La Faustin.)
B
- BADINGATEUX. Terme de mépris employé par les adversaires du régime impérial pour désigner un partisan de ce régime. «Solde de vestes. On prend mesure; blouses blanches pour braillards, gueulards, badingateux...» (Temps, 1881.)
- BAFOUILLAGE. Conversation sans suite, confuse, incohérente. A vrai dire, ce mot rentre plus dans le langage trivial que dans l'argot; toutefois comme les dictionnaires spéciaux ont jusqu'ici enregistré bafouiller et bafouilleur, j'ai pensé que bafouillage avait également droit d'asile. «J'ai entendu nombre de phrases sans suite, d'exclamations vides, de bafouillages incohérents.» (Echo de Paris, mai 1884).
- BAFRER. Manger. «C'était une sorte de vivandière qui bâfrait comme un roulier et buvait comme quatre.» (Huysmans: A vau-l'eau.)
- BAGNOLLE, mauvaise voiture.
- BAGUETTE EST CASSÉE (La). Cette expression a remplacé le Zut au berger. (V. Delvau.)
- BAJOTER. Bavarder, jacasser.
- BAL. Peloton de punition. Argot militaire.
- BALEINE. Femme de mauvaise vie.
- BALINSTRIQUER. Argot des malfaiteurs. Tuer, assassiner. «Tu sais, lui avait-il dit, j'ai fait un sale coup, j'ai balinstriqué une femme dans les fortifications. Si jamais tu le dis, c'est ma tête qui est à couper.» (Gazette des Tribunaux, septembre 1884.)
- BALLE (Faire). Être à jeun. «Les forçats ne sont pas dégoûtés et quelques taches dans un quart de pain ne sont pas pour faire reculer un fagot de bon appétit et qui fait balle.» (A. Humbert: Mon bagne.)
- BALLON. Art de tournoyer en dansant.—Verre de bière.
- BALOUSTIQUER. Lever, soulever, arracher. Argot de malfaiteurs.
- BALUCHONNEUR. Voleur. Ainsi que son nom l'indique, ce malfaiteur vole de préférence les objets faciles à cacher, les petits paquets, par exemple (en argot baluchon est synonyme de paquet). C'est aussi lui qui travaille aux étalages des magasins et qui pratique parfois le vol dit à la bousculade. «La nuit seulement, un certain nombre de baluchonneurs s'y donnent rendez-vous (dans un cabaret) pour faire l'échange ou la vente du produit de leur vol.» (Nation, juillet 1885.)
- BANDISTE. «On appelle ainsi les tâcherons qui sont employés à rédiger les adresses pour circulaires, prospectus, manifestes électoraux.» Soleil, 16 nov. 1888.
- BARAQUE. Sorte de jeu en vogue il y a quelque temps, et dans lequel les filous avaient la partie belle. «Le jeu de la baraque se compose d'une planchette de cuivre casée à l'angle d'un billard et percée de 25 petites cuvettes numérotées de 1 à 25. Vous faites une poule à 2, à 5 ou à 20 francs et, si vous avez la chance, pardon! l'adresse de pousser votre bille dans la cuvette cotée le plus haut, c'est vous qui touchez les enjeux. Le baraqueur ne prélève que 10 p. 100 sur le montant de chaque poule. C'est pour rien! Toutefois ce petit impôt me paraît plus dur que le zéro de la roulette.» (Paris-Journal, 1882.)
- BARAQUEUR. Joueur de baraque.
- BARBE. Répétition. «Une barbe, c'est une répétition de bachot donnée à un aspirant au diplôme. Il s'assied, on le rase, il paye, c'est une barbe!» (Richepin.)
- BARBE (Faire sa). Argot théâtral. Gagner de l'argent. «Sa barbe faite, comme on dit en argot théâtral, c'est-à-dire son argent gagné, notre chanteuse s'empresse de quitter le salon.» (Gaulois, 3 octobre 1881.)
- BARBE (Femme à). Argot militaire. «Terme sous lequel on désigne une beauté sur le retour généralement unique dans chaque ville de garnison, qu'une étrange et irrésistible passion pour le biscuit militaire laisse sans défense contre les assauts du soldat.» (Ginisty: Manuel du Parfait réserviste.)
- BARBIFIER (Se). Se griser. Argot des typographes. V. Delvau au mot Barbe. «Il s'est barbifié hier; il a mal aux cheveux aujourd'hui.» (Typologie-Tucker, juin 1885.)
- BARBOTER. Parler sans savoir ce que l'on dit.
- BARBOTTAGÉ. Vol. «Le droit au barbottage est absolu.» (A. Humbert: Mon bagne.)
- BASSINOIRE. «A Paris, il est de ces hôtels où, pour quelques sous, couchent les maçons, qui s'en vont à leur travail, à l'aube. Eh bien! par les nuits d'hiver, il est de pauvres diables qui attendent, l'onglée aux mains, que ces maçons soient partis pour se glisser, au rabais, dans leurs draps encore chauds. Ils font queue devant le logeur, comme devant un théâtre. Ils battent la semelle en attendant le sommeil. Ils appellent, dans leur argot, les compagnons maçons qui leur cèdent ainsi leur couche, les bassinoires.» (J. Claretie: La Vie à Paris.)
- BÂTIR. Terme de couturière; coudre peu solidement avec du fil blanc, du coton à bâtir, une toilette quelconque, de façon à se rendre compte, à l'essayage, des retouches à opérer. «Deuxième séance; essayage des toilettes bâties.» (Gaulois, 1881.)
- BÂTONS DE CHAISE (Noce de). Orgie.
- BÂTON DE RÉGLISSE. Gardien de la paix. Prêtre.
- BÂTON ROMPU. «—Quels gens appelez-vous vieilles cannes?—Les repris de justice.—Et bâtons rompus?—Les surveillés de la haute police en rupture de ban.» (Barron: Paris-Etrange.)
- BATTRE LE BEURRE. Mener une conduite déréglée. Argot des voyous.—«Et ta sœur?—Ma sœur? elle bat l'beurre!»
- BATTRE A LA PARISIENNE. Voler ou tricher au jeu.
- BATTRE SON PLEIN. Être dans tout l'éclat de son talent ou de sa beauté. «Jamais l'artiste de la Renaissance ne fut plus jolie qu'à présent; elle bat son plein.» (Evénement, 1872.)
- BAVAROISE. Infusion de thé et de sirop de capillaire.—Bavaroise au chocolat, tasse de chocolat à la crème; bavaroise aux choux, mélange d'absinthe et d'orgeat; bavaroise de cocher, verre de vin.
- BAVER DES CLIGNOTS. Pleurer.
- BAVEUX. Qui ne sait ce qu'il dit; qui bafouille.
- BAZAR. Lycée, pension. «Les jeunes citoyens de l'avenir, vulgo les potaches, ont réintégré avant-hier leurs prisons respectives. Ils se sont acheminés vers le bazar.» (Evénement, 1881.)
- BÉCARRE. Cet adjectif qui, il y a trois ans, fit florès dans le monde boulevardier comme synonyme d'élégant, n'est plus guère usité aujourd'hui. «Le parisien, en tant que langue vient de s'enrichir d'un nouveau mot.... Le pschuk qui succédait au chic a fait son temps. C'est le bécarre qui gouverne. On est ou on n'est pas bécarre, comme on était jadis ou l'on n'était pas élégant. Il est bécarre de faire telle chose et non bécarre d'en faire telle autre.... Bécarre, à tout prendre, ne veut rien dire, à moins que le bécarre qui, en musique, remet la note dans son ton naturel, ne signifie que le ton naturel de Paris est ce qui est élégant, agréable, distingué.» (Illustration, novembre 1885.)
- BÉGUEULISME. Le mot est de F. Sarcey qui l'a employé pour la première fois dans un de ses feuilletons, en 1869. «C'est, dit-il, dans la vie ordinaire, l'art de s'offenser pour le compte des vertus qu'on n'a pas; en littérature, l'art de jouir avec des goûts qu'on ne sent point; en politique, en religion et en morale, l'art d'affecter des opinions dont on ne croit pas un mot.»
- BENEDICAMUS. Enfant de chœur. Terme populaire: «Il s'imaginait naïvement que les vainqueurs ramenaient avec eux M. le curé, les vicaires, l'organiste, les petits benedicamus.» (Figaro, nov. 1885.)
- BIBELOT. Argot d'imprimerie. Travaux de peu d'importance; factures, prospectus, têtes de lettre, etc.
- BIBELOTEUR. Collectionneur; amateur de bibelots.
- BIBELOTIER. Ouvrier imprimeur, spécialement chargé des bibelots.
- BIBOIRE. Petit récipient en caoutchouc ou en cuir bouilli en forme de bateau et dont on se sert en voyage ou à la chasse pour boire.
Les écoliers disent coupe-gueule.
- BIDARD. Heureux, veinard. Être bidard, avoir de la chance, réussir dans ce que l'on entreprend.
- BIÈRE. Boîte aux dominos.
- BIGORNIAU. Auvergnat.
- BIJOU. Nom donné, par antiphrase, chez les restaurateurs de Paris, à toutes les dessertes des plats et des assiettes; c'est le profit des laveurs de vaisselle.» (Journal des Débats, 1876, cité par Littré.)
- BILLARD ANGLAIS (Jouer au). Pratiquer l'onanisme.
- BILLE DE BILLARD. Crâne dénudé et, par extension, vieillard. «Ah! mince alors! si les billes de billard se mettent à moucharder la jeunesse!...» (Meilhac et Halévy, Lolotte.)
- BILLET DIRECT POUR CHARENTON. Absinthe pure. «L'autre jour, le patron m'a payé un billet direct pour Charenton.» (Gil Blas, 1882.)
- BINCE. Couteau (Richepin.)
- BISCOP. Casquette.
- BISCUIT. Argot de joueurs. Le biscuit est une série de cartes fraudées, bizeautées que le grec a toujours sur lui pour s'en servir quand il juge le moment favorable. On dit: servir, préparer un biscuit.
- BLANC D'ESPAGNE. Sous le nom du parti des Blancs d'Espagne, on désigne ainsi, dans le jargon politique et dans le langage de la presse, l'ensemble des légitimistes qui, après la mort du comte de Chambord, se sont ralliés à la cause du fils aîné de don Carlos, don Jayme. A cette dénomination plaisante, mise en circulation par un journaliste toulousain, les Blancs d'Espagne répondirent par cet autre sobriquet à l'adresse de leurs adversaires, partisans du comte de Paris: Blancs d'Eu. «Le parti des Blancs d'Espagne ne sera jamais sérieux.» (Ed. Hervé: Soleil, juillet 1884.) «Mr. E. Veuillot est un Blanc d'Espagne encore un peu honteux de proposer à la France de se soumettre à un étranger.» (Matin, juillet 1884.)
- BLAFARDE. La mort.
- BLOCKAUS. Chapeau de haute forme.
- BLONDE, BRUNE. Verre de bière de couleur brune ou blonde. «Les garçons (de café) libérés avant leurs confrères dépouillent rapidement la veste et le tablier blanc, se mettent en civil comme ils disent, et s'en vont boire des bocks dans les brasseries attardées. Seulement, ils ne sont pas assez naïfs pour donner en s'en allant le pourboire d'usage; ils demanderaient plutôt, quand vient le quart d'heure de Rabelais, une remise sur le prix des brunes et des blondes qu'ils ont absorbées.» (Figaro, 1882.)
- BœUF. Joli, agréable. C'est rien bœuf! dit le peuple.
- BOISSONNEUR. Pilier de cabaret. «Que sa sœur lâchât un boissonneur comme Anatole, rien de plus naturel.» (Huysmans: Les Sœurs Vatard.)
- BOÎTE. Argot militaire. Salle de police. Coucher à la boîte, boulotter de la boîte: être souvent puni; avoir une tête à boîte: être affligé d'une maladresse qui attire sur vous les préférences de l'instructeur.—Grosse boîte, prison.
- BOÎTE A VIOLON. Cercueil, allusion de forme.
- BOMBER. Frapper, battre. Argot de souteneur.
«Si tu prends des airs de bégueule,
Gare à ta peau... J'te vas bomber.»
- BONDE. Maison centrale. «Il a filé deux ou trois berges aux bondes.» (A. Humbert: Mon bagne.)
- BON-DIEU. «On m'avait réservé la copie d'un petit état récapitulatif des corvées du jour, dont j'avais à faire une douzaine d'exemplaires. J'en avais pour trois quarts d'heure environ... Cela s appelait des bon-dieu. Je n'ai jamais pu savoir pourquoi.» (A. Humbert: Mon bagne.)
- BONNE! Exclamation qu'emploient les enfants dans la plupart de leurs jeux pour signifier à leur adversaire que le coup qu'il vient de jouer compte et ne saurait être annulé. (V. Mauvaise.)
- BONNEFORTANCHE. (V. Infra Frangeuse.)
- BON PREMIER. Argot de courses. Un cheval arrive bon premier quand il a fourni la course bien avant ses concurrents. Il est bon dernier quand il arrive non seulement le dernier, mais encore avec un retard considérable sur les autres chevaux.
- BOOKMAKEUSE. Bookmaker femelle. «La bookmakeuse se rend aux courses en petite charrette anglaise; elle conduit elle-même, et ses commis, d'autres femmes de même tournure, occupent le siège de derrière.» (Figaro, 12 juin 1881.)
- BORDEL. Outils, instruments, objet quelconque.
- BOSSER. Rire, s'amuser.
- BOSTON. Képi, chapeau, coiffure d'homme. «Restait à choisir un képi. Impossible; tous couvraient la tête jusqu'aux épaules et Pompignan dut aller jusqu'à la réserve où parmi les anciens bostons, il en trouva un qui pouvait servir.» (Revue alsacienne, juillet 1887.)
- BOUCHE-TROU. Ecolier qui se tient prêt à remplacer un de ses camarades qu'une cause quelconque empêche de prendre part aux concours qui ont lieu entre les lycées. «L'ouverture des boîtes du grand concours réserve, parfois, des surprises étranges, comme par exemple, celle du bouche-trou remportant le prix d'honneur.» (Télégraphe, août 1885.)
- BOUCHER LA LUMIÈRE. Donner un coup de pied dans le derrière.
- BOUCHON. Bouteille de vin cacheté. (Richepin.)
- BOUDINÉ. Une des dernières incarnations du gommeux. Le mot est de Richepin. «Voici que les ex-lions, les anciens dandys, les feus crevés, les ci-devant gommeux prétendent au nom élégant de boudinés. Ce vocable leur paraît rendre d'une façon imagée l'étroitesse de leur costume; il répond... à cet ensemble de tenue qui leur donne l'air de boudins montés sur pattes. (Siècle, 1883.) Encore un mot qui n'a eu qu'une existence bien éphémère.
- BOUGIE. Argent.
- BOUILLONNEUSE. Femme qui, dans certains restaurants, est spécialement préposée à la confection des potages.
- BOULE DE C... Argot militaire. Idiot.
- BOULEAU, Buche. (V. Delvau: Bucherie).
- BOULEVARDER. Fréquenter les boulevards. «Il y a des gens à qui la science vient en boulevardant.» (Cherbuliez: Revue des Deux Mondes, 15 janvier 1876, cité par Littré.)
- BOULOTTE. Grosse petite femme, bien en chair.
«C'est eun'boulotte, une chic artisse
Qui vous a d'la réponse, mon vieux!»
(L'entr'acte à Montparnasse.)