I
- IGNORANTIN. Frère des Ecoles de la Doctrine chrétienne.
On dit aussi Ignoramus. «Les ignoramus auxquels la plus grande partie des municipalités ont la faiblesse de confier l'enseignement de la jeunesse ouvrière...» (Anti-clérical, mai 1880.)
- ILOTIER. Ce mot, dans le langage policier, désigne le gardien de la paix chargé de surveiller continuellement un certain nombre de rues, toujours les mêmes et qui forment, pour ainsi dire, les limites d'un îlot. «Il est clair qu'après le passage de l'îlotier en un point déterminé, ce point reste un certain temps dégarni.» (Petite République française, mai 1882.)
- IMPÉRATRICE (Faire l'). Le français ne bravant pas l'honnêteté dans les mots, il est impossible de traduire ici cette locution fort usitée chez les non-conformistes. Aux lecteurs trop curieux, je rappellerai les singulières relations de Julia et Pompée, et les renverrai, les lecteurs, à un ouvrage aussi curieux que rare: Centuria librorum absconditorum. pp. 404 et circa.
- INDIENNE. Vêtements, effets. Argot des voleurs. «De quoi! de quoi! il va me fusiller mes indiennes! Veux-tu laisser ça ou je te mets une pouce.» (Humbert: Mon Bagne.)
- INFLUENCÉ (Être). Être légèrement ivre.
- INSECTE. Gamin.
- INSÉPARABLES. Cigares qui se vendent quinze centimes les deux; les débitants n'en délivrent pas moins de deux à la fois. «Cela lui permet, l'aristo, de fumer orgueilleusement des inséparables de choix.» (Dix-neuvième Siècle, avril 1885.)
- INTERVIEWER. Encore un mot d'importation anglaise qui joue chez nous le double rôle de verbe et de substantif. Il signifie selon le cas, interroger, questionner ou reporter, courriériste. Ex.: «Félicie L... est passée de vie à trépas, sans accompagnement de chroniqueur. Aucun reporter n'est allé interwiever la regrattière d'en bas, ou la repasseuse du cinquième.» (L. Chapron.) «Je vous dérange, mademoiselle, mille excuses! Blowitz, interwiever... le grand interwiever Blowitz... C'est ma spécialité de tirer les vers du nez aux personnalités en vue.» (P. Ferrier.)
- INVITEUSE. Fille qui sert dans les brasseries. «L'inviteuse, c'est l'agente provocatrice du consommateur.» (Citoyen, avril 1882.)
J
- JABLO (Grand). Lumière électrique. Argot du peuple qui trouve trop difficile à prononcer le nom de Jablockoff.
- JACOBITE. Argot politique. On appelle ainsi tout légitimiste dissident du comte de Paris et rallié à la cause de don Jayme, c'est-à-dire Jacques, fils aîné de don Carlos. «M. Cornély consacre dans le Matin un article aux Jacobites ainsi que ce journal quatricolore nomme les rares partisans de la candidature royale des princes de la maison d'Anjou.» (Univers, juillet 1884.)
- JACQUES (Faire le). Argot militaire. Manœuvrer et, plus spécialement, manœuvrer en décomposant. S'applique de préférence aux exercices de l'Ecole du soldat. (Ginisty: Manuel du parfait réserviste.)
- JAM' DE LAV'. Traduction: Jamais de la vie! Expression couramment usitée il n'y a point longtemps encore et qui tend à tomber en désuétude: «On lui dit... qu'il serait bien aimable de verser une cinquantaine de francs à la caisse de l'agence.—Jam' de lav'! répond le jeune homme.—Comment! jamais de la vie? reprend l'employé de l'agence, qui comprenait le parisien.» (Figaro, 1886.)
- JÉROMISTE. Partisan du prince Jérôme Napoléon. «Et en effet la dégringolade des intransigeants, collectivistes et anarchistes est tout aussi marquée que celle des ultramontains et des jéromistes.» (Henri IV, 1881.)
- JOSEPH. Couteau. Argot des malfaiteurs. «Bébé, condamné a mort pour un simple coup de Joseph.» (A. Humbert: Mon Bagne.)
- JOSÉPHINE. La cagnotte, dans le jargon des joueurs. Bourrer Joséphine; entretenir la cagnotte. «Le gérant propriétaire du cercle ne tolère cette débauche que parce que ledit croupier bourre fortement Joséphine.» (Tricolore, mars 1884.) V. sur une autre acception de Joséphine, infra au mot princesse.
- JOUER LE POINT DE VUE. Argot de cercle ou mieux de tripot. «De la même famille est la «ficelle» qui consiste à suivre les cartes pendant leur distribution; il y a des banquiers qui les donnent très haut, et l'on peut arriver, avec une certaine habitude, à les voir par-dessous. Si l'on aperçoit un neuf, on ajoute (à sa mise) tout ce qu'on peut ajouter. Cette grosse indélicatesse s'appelle jouer le point de vue.» (Carle des Perrières: Le Monde qui triche.)
- JOUER LE MOT. Argot théâtral. Souligner chaque mot à effet au point d'atténuer le caractère général du personnage qu'on représente.
- JOUER A L'AVANT-SCÈNE. Argot théâtral. Dire son rôle le plus près possible de la rampe de façon à se mettre en plus intime communication avec le public.
- JUS. Voici un mot qui, en argot, a plusieurs sens et notamment deux acceptions bien opposées. On le trouve, en effet, dans Delvau et Larchey comme synonyme de vin, mais il sert aussi à désigner l'eau. Je l'ai plusieurs fois entendu prononcer avec ce dernier sens. Les uns disaient jus de grenouille et les autres jus, tout court. «L'autre le suit, l'empoigne par sa ceinture et le lance dans la Seine en disant: Va dans le jus.» (Gazette des Tribunaux, août 1884.)
L
- LAD. Garçon d'écurie. «Autour du favori un cercle s'est formé pendant que les lads sellent le cheval sous la surveillance de l'entraîneur.» (Vie Parisienne, 1882.)
- LAÏQUE (La). L'école laïque. «Ya pas classe à la laïque, tantôt, puisque tu es d'enterrement, emmène donc le gossinet; ça l'amusera c't'enfant.» (Petite République française, février 1887.)
- LAMA (Grand). Chef, maître suprême. «Le grand lama est arrivé hier soir. Pendant que M. Raynal se couchait, affolé par les toasts et les feux d'artifice à Montauban, M. Ferry débarquait à Cahors.» (Figaro, avril 1884.)
- LAMPION ROUGE. Poste de police. Allusion aux réverbères à vitres rouges qui indiquent les postes et les commissariats de police.
- LANGOUSTE. Argot du peuple. Chaussettes.
- LANCINER. Ennuyer. Lancinant, ennuyeux.
- LANGUILLEUR. «Joseph, deux fois par semaine, exerce au marché de la Villette la profession peu connue de languilleur. Le languilleur est l'homme auquel on amène, avant de les tuer, les cochons vivants. Il les empoigne par le cou et les serrejusqu'à ce qu'ils tirent la langue. Il la saisit et y cherche une tache qui, si elle existe, prouve que la bête n'est pas saine et doit être refusée par les bouchers.» (Paris-Journal, 1882.)
- LANTERNER. N'être plus apte aux choses de l'amour. «—Dis-moi, petite... crois-tu que...?—Dame! vous savez, monsieur, avec mamz'elle, faut pas lanterner...—Ben oui! mais voilà! à présent c'est que j'lanterne!...» (Almanach des Parisiennes, 1882.)
- LAOUTH. Cheval. Argot des régiments d'Afrique.
- LAPIN DU BOIS DE BOULOGNE. Filles publiques qui, l'été venu, font élection de domicile au Bois de Boulogne, quaerentes quos devorent. «Ces amoureuses vagabondes, qu'on appelle en langage familier les lapins du Bois de Boulogne et qui ont à leur arc plusieurs cordes...» (République française, juin 1885.)
- LARDON. Jeune homme. Argot du peuple. «C'que c'est que la vie! On était quat'cinq lardons. On a tiré ensemble quinze berges de rigolade, de flemme et de jeunesse.» (Mirliton, journal, oct. 1885.)
- LARGE (Envoyer quelqu'un au). L'envoyer promener. «Hier, je comptais presque sur lui... Ah! bien ouiche! il m'a envoyé au large.» (Vie Parisienne, 1882.)
- LAVER! (Va te). Expression injurieuse, synonyme de: Vous m'ennuyez!
- LEDRU-ROLLIN. Ouvrier ébéniste. Argot du peuple et notamment des ouvriers du faubourg Saint-Antoine. «Plusieurs maisons du côté de la rue de Charonne sont toutes pleines d'ouvriers de ce genre qui ont leur établi chez eux et qui travaillent pour la trôle. Quelques-uns portent un nom spécial. On les appelle les Ledru-Rollin, parce que les bâtiments où ils ont leur nid appartenaient à l'ancien montagnard de 1848 et sont encore aujourd'hui la propriété de sa veuve.» (J. Vallès: Tableau de Paris.)
- LÉGITIMARD. Partisan du comte de Chambord, de la monarchie légitime.—Qui se rapporte à la monarchie.
«De Chambord, le vingt-neuf septembre,
Les légitimards ont fêté