Puis me revient l'horrible situation présente, l'infamie jetée sur mon nom, sur celui de mes enfants; mes yeux se troublent, le sang afflue au cerveau, le cœur bat à se rompre, l'indignation s'empare de mon être. Il faut que la lumière soit faite, il faut que la vérité soit découverte, quel que soit notre supplice.
22 décembre 1895.
Toujours aucune nouvelle des miens. Le silence de tombe. Quelle nuit épouvantable je viens de passer! Ces allées et venues, durant la nuit, des surveillants dans le poste, les lumières qui passent et repassent, alimentent mes cauchemars.
25 décembre 1895.
Hélas! toujours la même chose, pas de lettres. Le courrier anglais a passé il y a deux jours; mes lettres ne sont probablement pas encore arrivées car je pense que, sans cela, on me les eût remises; que penser, que croire?
La pluie tombe en permanence.
Pendant une éclaircie, je sors pour me détendre un peu. Il tombait encore quelques gouttes d'eau. Le chef arrive et dit au surveillant qui m'accompagne: «Il ne faut pas rester dehors quand il pleut.» Dans quelle consigne est-ce écrit? Mais je dédaigne de répondre, tant je me place au-dessus de toutes ces petitesses, de toutes ces mesquineries journalières.
Nuit du 26 au 27 décembre 1895.
Impossible de dormir.
Dans quel cauchemar vis-je depuis bientôt quinze mois et quand prendra-t-il fin?