J'ai eu tellement faim cet après-midi que, pour apaiser les tiraillements de mon estomac, j'ai dévoré crues une dizaine de tomates trouvées dans l'île[2].
Nuit du samedi 20 au dimanche 21 avril 1895.
Nuit fiévreuse. J'ai rêvé de toi, ma chère Lucie, de nos chers enfants, comme toutes les nuits d'ailleurs.
Comme tu dois souffrir, ma pauvre chérie!
Heureusement que nos chers enfants sont encore inconscients; autrement, quel apprentissage de la vie! Quant à moi, quel que soit mon martyre, mon devoir est d'aller jusqu'au bout de mes forces, sans faiblir. J'irai.
Je viens d'écrire au commandant du Paty pour lui rappeler les deux promesses qu'il m'avait faites, après ma condamnation: 1o au nom du ministre, de faire poursuivre les recherches; 2o en son nom personnel, de me prévenir dès que la fuite reprendrait au ministère.
Le misérable qui a commis ce crime est sur une pente fatale, il ne peut plus s'arrêter.
Dimanche 21 avril 1895.
Le commandant supérieur des îles a eu la bonté de m'envoyer ce matin avec la viande deux boîtes de lait concentré. Chaque boîte peut produire environ trois litres de lait; en buvant un litre et demi de lait par jour, j'en aurai ainsi pour quatre jours.