Paris, 7 juin 1895.

... Je viens d'être interrompue en t'écrivant par l'arrivée de tes excellentes lettres... C'est dans ton énergie que je puise des forces, c'est toi qui me soutiens... D'autre part, si je puis vivre séparée ainsi de toi, torturée par tes cruelles souffrances, c'est que mon espoir est immense, ma confiance en l'avenir absolue. Mais je souffre tellement d'être séparée de toi, que j'ai adressé une nouvelle demande pour venir partager ton exil. J'aurai au moins le bonheur de vivre de ta vie, d'être auprès de toi, de te témoigner mon immense affection.

Je passe des heures à lire et relire tes bonnes lettres; elles sont ma consolation en attendant le bonheur de venir te retrouver...

Lucie.

Quand je vis la situation qui m'était faite aux îles du Salut, je ne me fis aucune illusion sur la suite qui serait donnée aux demandes faites par ma femme pour venir me rejoindre. Je compris qu'elles seraient constamment repoussées.

Suite de mon Journal.

Samedi 3 août 1895.

Je n'ai pas fermé l'œil de la nuit. Ces émotions me brisent.

Voir tant de douleurs accumulées si injustement autour de soi, et ne rien pouvoir faire pour les dissiper!

Samedi 4 août 1895.