Mais je te demande pardon si je t’ai parfois écrit des lettres exaltées ou plaintives qui ont dû augmenter encore ton immense chagrin. Ton cœur et le mien battent à l’unisson.

Sois donc certaine, ma chère et bonne Lucie, que je résisterai de toutes mes forces pour atteindre le jour où mon honneur me sera rendu. J’espère que ce jour viendra bientôt; jusque là, il faut regarder devant nous.

Les nouvelles que tu me donnes de nos chers enfants m’ont également fait plaisir. Fais leur prendre beaucoup l’air; pour le moment, il ne faut penser qu’à leur donner de la santé et de la vigueur.

Courage donc encore, ma chère Lucie, sois forte et vaillante, que mon profond amour te soutienne et te guide; ma pensée ne te quitte pas un instant, de jour comme de nuit.

Donne de mes nouvelles à toute la famille, remercie-les tous de leurs bonnes et affectueuses lettres. Je ne me sens pas le courage de leur répondre; de quoi leur parlerais-je, d’ailleurs? Je n’ai qu’une pensée, toujours la même, celle de voir le jour où mon honneur me sera rendu. J’espère toujours qu’il est proche.

Embrasse tes chers parents, les enfants, tous les nôtres pour moi.

Quant à toi, je t’embrasse de toutes les forces de mon cœur,

Alfred.

Inutile de m’envoyer quoi que ce soit comme linge ou comme aliments. J’ai reçu hier de Cayenne des conserves; j’y ai fait également demander du linge dont j’ai besoin.

On me remet la Revue des Deux-Mondes, la Revue de Paris et la Revue Rose. Continue-donc à me les envoyer; tu pourras y joindre quelques romans de lecture facile.