Le 4 novembre 1895.
Ma chère Lucie,
Le courrier venant de Cayenne est arrivé et il ne m’a pas apporté de lettres. Je suis donc sans nouvelles de toi, des enfants, depuis le 25 août. Mais je ne veux pas laisser partir le courrier anglais sans t’écrire quelques mots; je ne serai pas long, car la douleur fait trembler ma plume sous mes doigts.
Je pense, ma chère Lucie, que tu es maintenant en possession de mes dernières lettres, que tu agis aussi toi-même avec l’âme héroïque d’une femme, que tu demandes la vérité partout, justice enfin pour d’épouvantables victimes, que chaque jour est une journée employée ainsi, jusqu’à ce que la lumière soit faite, jusqu’à ce que l’honneur nous soit rendu.
Je pense donc apprendre bientôt que cet épouvantable martyre a enfin un terme. Je n’ai pas besoin de te rappeler de demander à m’envoyer une dépêche quand tu auras une nouvelle heureuse à m’annoncer. Les journées sont longues, les heures lourdes, quand on souffre ainsi et depuis si longtemps.
Je t’embrasse de toutes mes forces, ainsi que les enfants.
Ton dévoué,
Alfred.
Baisers à tous.