Ma chère et bonne Lucie,

Je viens de recevoir ton courrier du mois d’avril, ainsi que celui de mai et toutes les lettres de la famille.

Je m’associe de toutes les forces de mon âme aux vœux de bonheur que tu fais avec tant de cœur pour Marie. En l’embrassant de ma part, tu lui diras encore que j’ai trouvé quelques larmes, moi qui ne sais plus pleurer, en pensant à sa joie mêlée de tant de souffrances.

Je souhaite aussi de toutes les forces de mon âme pour toi, ma pauvre chérie, que le terme de cet effroyable martyre soit proche et si un homme qui a tant souffert peut encore exprimer un vœu, je joins les mains dans une prière suprême, que j’adresse encore à tous ceux auxquels j’ai fait appel, pour qu’ils t’apportent un concours plus ardent, plus généreux que jamais dans la découverte de la vérité. Je suis d’ailleurs certain que ce concours t’est tout acquis, pleinement acquis..., et je souhaite avec tout ce que mon cœur contient de tendresse pour toi, d’affection pour nos enfants, que tous ces efforts aboutissent bientôt.

Pour moi, chère et bonne Lucie, pour moi qui t’aurais donné de tout mon cœur, de toute mon âme, toutes les gouttes de mon sang, pour t’alléger une peine, pour t’épargner une souffrance..., je n’ai pu que vivre depuis si longtemps au milieu de tant de tortures. Je l’ai fait pour toi, pour nos enfants.

Mais je veux te répéter toujours: courage et courage! Mes enfants sont l’avenir, c’est leur vie qu’il faut assurer. Et je veux terminer ces quelques lignes pour t’exprimer encore les deux sentiments qui règnent dans mon âme: d’abord, t’envoyer encore toute ma tendresse, toute ma profonde affection pour toi, pour nos enfants, pour tes chers parents, pour mes chers frères et sœurs, te serrer encore dans mes bras, te presser encore sur mon cœur, avec toutes les forces qui me restent, avec toute ma puissance d’aimer; puis, ce second sentiment, pour te répéter toujours d’être grande et forte, quoiqu’il arrive, quelles que soient les épreuves terribles que l’avenir puisse encore te réserver, de penser toujours et encore à nos chers enfants qui sont l’avenir, dont il faut que tu sois le soutien inébranlable jusqu’au jour où la lumière sera faite.

Et puis, je veux encore répéter le vœu suprême d’un homme qui a subi le plus effroyable des martyres, qui a toujours et partout fait son devoir: c’est qu’on t’apporte une bonne parole, une main secourable, une aide énergique et puissante que rien ne doit lasser dans la découverte de la vérité.

Tout mon être, toute ma pensée, tout mon cœur s’élancent encore dans un effort suprême, vers toi, vers nos chers enfants, vers tes chers parents, vers tous ceux que j’aime, en souhaitant de toutes les forces de mon âme que l’avenir soit proche qui vous apporte à tous le repos d’esprit, le calme, la tranquillité, tout le bonheur que tu mérites si bien, que vous méritez tous.

Donc, chère et bonne Lucie, toujours et toujours courage.

Je t’embrasse comme je t’aime, ainsi que nos chers et adorés enfants, tes chers parents, tous les nôtres.