Il s’agit simplement de soutenir et de vouloir énergiquement, sans faiblesse, avec dignité, son droit: le droit de l’innocence. Il faut agir avec ton cœur d’épouse et de mère, horriblement mutilé et blessé.

J’ai trop souffert, j’ai trop souvent été affolé par des coups de massue formidables, pour avoir pu toujours tenir cette conduite, qui était la seule saine et raisonnable. Et c’est précisément parce que souvent je ne sais où j’en suis, parce que les heures me deviennent trop lourdes, que je veux venir t’ouvrir mon cœur.

J’ai fait encore, tout ce mois-ci, de nombreux et chaleureux appels pour toi, pour nos enfants. Je veux souhaiter que cet épouvantable martyre ait enfin un terme, je veux souhaiter que nous sortions enfin de cet effroyable cauchemar dans lequel nous vivons depuis si longtemps. Mais ce dont je ne saurais douter, ce dont je n’ai pas le droit de douter, c’est que tous les concours ne te soient donnés, que cette œuvre de justice et de réparation ne se poursuive et ne s’accomplisse.

En résumé, ma chérie, ce que je voudrais te dire dans un effort suprême, où j’écarte totalement ma personne, c’est qu’il faut soutenir son droit énergiquement, car il est épouvantable de voir tant d’êtres humains souffrir ainsi, car il faut penser à nos malheureux enfants qui grandissent, mais sans y apporter aucune passion, sans y mêler aucune question irritante, aucune question de personnes.

Je ne veux pas te parler encore de mon affection quand ton image chérie, celle de nos enfants se dressent devant nos yeux, et il n’est peut-être pas une minute où elles ne soient là; je sens mon cœur battre lourdement comme s’il était par trop plein de larmes refoulées.

Et un cri suprême s’élève constamment de mon cœur à toutes les minutes de mes longues journées, de mes longues insomnies; s’il est un cri suprême qui s’élèvera à mon heure dernière, c’est un appel à tous pour un grand effort de justice et de vérité, pour t’apporter ce concours ardent et dévoué que te doivent tous les hommes de cœur et d’honneur. Cet appel, je l’ai encore fait. Je te l’ai dit, je ne saurais douter qu’il ne soit entendu, je te répéterai donc: courage!

Dans mes dernières lignes, je voudrais maintenant mettre tout mon cœur, tout ce qu’il renferme d’affection pour toi, pour nos enfants, pour tous; te dire que dans les pires moments de détresse, ce sont ces sentiments qui m’ont sauvé, qui m’ont fait échapper à la tombe à laquelle j’aspirais, pour essayer encore de faire mon devoir.

Je t’embrasse de tout mon cœur, je voudrais te serrer dans mes bras comme je t’aime, et te prier aussi d’embrasser bien tendrement, bien longuement pour moi nos chers et adorés enfants, tes chers parents, tous mes chers frères et sœurs.

Mille baisers encore,

Alfred.