Je t’embrasse comme je t’aime, de toute la puissance de mon affection, avec toute ma tendresse, ainsi que nos chers et adorés enfants.

Ton dévoué,

Alfred.

Mille baisers à tes chers parents, à tous les nôtres.


Le 25 janvier 1898.

Ma chère et bonne Lucie,

Je ne t’écrirai pas longuement, je souffre trop pour toi, pour nos enfants. Je sens trop bien à travers la distance quel est ton épouvantable supplice, ton atroce martyre; rien que d’y penser mon cœur bat lourdement, comme s’il était gonflé outre mesure de larmes refoulées. Aucune parole humaine ne saurait en amoindrir l’horreur.

Je t’ai dit dans mes dernières lettres ce que j’avais fait, ce que j’ai encore renouvelé ces jours-ci. La lumière que nous attendons depuis si longtemps ne se fait pas et se fera dans un avenir que personne ne peut prévoir. La situation est effroyable, aussi bien pour toi et pour nos enfants que pour tous; pour moi, il est inutile que je te dise ce qu’elle est.

J’ai demandé la réhabilitation, la revision du procès à M. le Président de la République, à M. le Ministre de la guerre, à M. le général de Boisdeffre; j’ai remis le sort de tant de victimes innocentes, le sort de nos enfants entre leurs mains; j’ai confié l’avenir de nos enfants à M. le général de Boisdeffre. J’attends avec une fiévreuse impatience avec ce qui me reste de forces leur réponse.