Montrons que nous sommes dignes l’un de l’autre, que les épreuves, même les plus cruelles, même les plus imméritées, ne sauraient nous abattre.
Quand on a la conscience pour soi, on peut, comme tu le dis si justement, tout supporter, tout souffrir. C’est ma conscience seule qui m’a permis de résister; autrement je serais mort de douleur ou, du moins, dans un cabanon de fous.
Je ne puis moi-même me rappeler encore les premiers jours sans un frisson d’épouvante; mon cerveau était comme une chaudière bouillante; à chaque instant je craignais qu’il ne m’échappât.
Ne t’inquiète pas de l’irrégularité de mes lettres; tu sais que je ne puis t’écrire à ma guise. Sois donc forte et courageuse; soigne bien ta santé.
Merci de toutes les nouvelles que tu me donnes des nôtres. Dis-leur que j’ai souvent pensé à eux, à la douleur qu’ils devaient éprouver. Il faut nous lier en un faisceau inébranlable que rien ne saurait briser; notre vie pure et honnête, tout le passé de toutes nos familles, notre dévouement à la France sont les meilleures garants de ce que nous sommes.
J’ai reçu aussi deux bonnes lettres de J. et de R. Elles m’ont fait grand plaisir.
Merci aussi des nouvelles que tu me donnes des enfants. Ah! les pauvres chéris! Quelle joie j’aurais à pouvoir les embrasser, ainsi que toi, ma bonne chérie. Mais je ne veux pas me laisser aller sur un pareil sujet, car alors tout se fond en moi...
L’amertume me monte du cœur aux lèvres... et il me faut toutes mes forces.
Remercie M., ainsi que tous mes frères et sœurs, ainsi que toute la famille, de ce qu’ils font pour moi. Embrasse-les bien de ma part.
Je m’arrête ici, car tous les souvenirs du bonheur que j’avais entre vous tous ravivent ma douleur.