J’ai l’honneur de vous communiquer les lettres que votre malheureux mari m’a écrites il y a trois ans, la veille et le soir même de sa dégradation. C’est bien la preuve qu’il n’a jamais cessé de protester de son innocence.

Votre respectueusement,

Edgard Demange.


Le 3 janvier 1895.
(Jeudi, midi.)

Cher Maître,

Je viens d’être prévenu que je subirai demain l’affront le plus sanglant qui puisse être fait à un soldat.

Je m’y attendais, je m’y étais préparé, le coup a cependant été terrible. Malgré tout, jusqu’au dernier moment, j’espérais qu’un hasard providentiel amènerait la découverte du véritable coupable.

Je marcherai à ce supplice épouvantable, pire que la mort, la tête haute, sans rougir.

Vous dire que mon cœur ne sera pas affreusement torturé quand on m’arrachera les insignes de l’honneur que j’ai acquis à la sueur de mon front, ce serait mentir.