Mercredi, dix heures du soir.

Je ne dors pas et c’est vers toi que je reviens encore. Suis-je donc marqué d’un sceau fatal, pour être abreuvé de tant d’amertume? Je suis calme en ce moment; mon âme est forte et s’élève dans le silence de la nuit. Comme nous étions heureux, ma chérie! Tout nous souriait dans la vie: fortune, amour, enfants adorables, famille unie, tout enfin; puis ce coup de foudre épouvantable, effroyable. Achète, je te prie, des jouets aux enfants pour leur jour de l’an; dis-leur qu’ils viennent de leur père; il ne faut pas que ces pauvres âmes qui entrent dans la vie souffrent déjà de nos peines.

Ah! ma chérie, si je ne t’avais, comme je quitterais la vie avec délices! Ton amour me retient, lui seul me permet de supporter la haine de tout un peuple.

Et ce peuple a raison: on lui a dit que j’étais un traître. Ah! ce mot horrible de traître, comme il m’arrache le cœur!

Moi... traître! Est-il possible qu’on ait pu m’accuser et me condamner pour un crime aussi monstrueux!

Criez bien haut mon innocence; criez de toutes les forces de vos poumons; criez-le sur tous les toits, afin que les murs s’ébranlent.

Et cherchez le coupable, c’est celui-là qu’il nous faudrait.

Je t’embrasse comme je t’aime,

Alfred.