Comment vont tous les membres de nos deux familles? Donne moi de leurs nouvelles, puisque je ne puis en avoir directement.

Embrasse nos deux chéris, tout le monde pour moi. Je t’embrasse de toutes mes forces,

Alfred.


Le 24 janvier 1895.

Ma chère Lucie.

D’après ta lettre datée de mardi, tu n’as encore reçu aucune lettre de moi. Comme tu dois souffrir, ma pauvre chérie! Quel horrible martyre pour tous deux! Sommes-nous assez infortunés! Qu’avons-nous donc fait pour subir une pareille infortune? C’est précisément ce qu’il y a de plus épouvantable: c’est qu’on se demande de quel crime on est coupable, quelle faute on expie.

Ah! le monstre qui a jeté la honte et le déshonneur dans une honnête famille, en voilà un qui ne méritera aucune pitié! Son crime est tellement épouvantable, que la raison se refuse à comprendre tant d’infamie unie à tant de lâcheté. Il me semble impossible qu’une pareille machination ne se découvre tôt ou tard; un crime pareil ne peut rester impuni.

Cette nuit, à un moment, la réalité m’est apparue comme un songe horrible, étrange, surnaturel... dont j’ai voulu me réveiller, dont j’ai voulu sortir... Mais, hélas, ce n’était pas un songe! Je voulais échapper à cet horrible cauchemar, me retrouver dans la réalité, telle du moins qu’elle devrait être, c’est-à-dire entre vous tous, dans tes bras, ma chérie, près de mes chers enfants.

Ah! quand ce jour béni arrivera-t-il? N’épargnez, pour cela, ni vos peines, ni vos efforts, ni l’argent. Que je sois ruiné, cela m’est égal, mais je veux mon honneur, c’est pour lui que je supporte ces effroyables tortures.