Voici donc un bulletin bien net de mon état aussi bien physique que moral. Je le résume: un état nerveux et cervical pitoyable, mais une énergie morale extrême, tendue vers le but unique qu’il faut atteindre à tout prix, par tous les moyens, la réhabilitation.
Je te laisse dès lors à penser quelles luttes je suis obligé de soutenir chaque jour pour ne pas préférer une mort immédiate à cette lente agonie de toutes mes forces, à ce martyre de tous les instants où se combinent les souffrances physiques avec les tortures morales.
Tu vois que je tiens la promesse que je t’ai faite de lutter pour vivre jusqu’au jour de la réhabilitation; c’est tout ce que je puis faire. A toi de faire le reste si tu veux que j’atteigne ce jour.
Donc, pas de faiblesse. Dis-toi que je souffre le martyre, que mon cerveau s’affaiblit chaque jour; dis-toi qu’il s’agit de mon honneur, c’est-à-dire de ma vie, de l’honneur de tes enfants. Que ces pensées t’inspirent, et agis en conséquence.
Embrasse tout le monde, les enfants pour moi. Mille baisers de ton mari qui t’aime,
Alfred.
Comment vont les enfants? Donne-moi de leurs nouvelles. Je ne puis penser à toi et à eux sans que mon être tressaille de douleur. Je voudrais t’insuffler tout le feu qui est dans mon âme pour marcher à l’assaut de la vérité, te pénétrer de la nécessité absolue de démasquer le véritable coupable par tous les moyens, quels qu’ils soient, et surtout sans tarder.
Envoie-moi quelques livres.
27 avril 1895.