Et guignent tous les passants

Au travers de six moustaches.

Au besoin, les perruquiers pouvaient en fournir: «Potel, écrit Tallemant[89], avoit trois ou quatre moustaches postiches de chaque costé, où il y avoit plus de douze aulnes de ruban noir; car on n'avoit pas trouvé encore les coings de cheveux.» Potel était un original: la moustache se portait à gauche. Le côté droit de la tête ainsi dégagé restait bien visible, et on l'ornait d'une boucle d'oreille, perle ou diamant. Le comte Henri d'Harcourt, cadet de la maison de Lorraine, en fut surnommé Cadet la Perle, sobriquet qu'il garda toute sa vie. Son beau portrait, exécuté par Antoine Masson, est connu sous le nom de Cadet à la perle; il porte encore cet ornement sur celui qui fut gravé par Édelinck pour les Hommes illustres de Perrault[90], longtemps après que les cadenettes eurent cessé d'être à la mode. Le premier galant qui les mit en faveur fut Honoré d'Albret, seigneur de Cadenet, frère du célèbre Luynes[91]. Quand on fit celui-ci connétable, Cadenet du même coup fut improvisé maréchal de France, mais ses exploits se bornèrent à l'importante innovation que je viens de rappeler: elle a suffi pour transmettre son souvenir à la postérité.

Le Comte d'harcour
D'après les Hommes illustres de Perrault.

Notre moustache actuelle avait aussi ses partisans. On lit dans les Loix de la galanterie: «Les uns portent les moustaches comme un traict de sourcil, et fort peu au menton; les autres ont une moustache à coquille[92].» Cette dernière était celle dont on relevait les pointes. Au moyen d'un petit instrument appelé bigotère, on la pinçait de manière à ce qu'elle ne perdît pas son pli pendant la nuit. C'est ce qu'explique très-bien une Mazarinade publiée en 1650:

Ensuite voyons la moustache

Que la bigotère nous cache

Lorsque le jeune damoiseau